À Madagascar, quand préserver la forêt améliore les conditions de vie des communautés

Derrière chaque arbre planté, il y a une histoire humaine. À Madagascar, la préservation des forêts et humains sont intimement liés. 

En 2024, près de 80 % de la population malgache vit sous le seuil international de pauvreté de 2,15 dollars par jour. Dans les zones rurales, cette précarité limite les alternatives économiques et peut pousser les populations à dépendre davantage des ressources naturelles pour répondre à leurs besoins quotidiens. 

Et pourtant la forêt est bien plus qu’un écosystème : elle est une condition de survie. À l’échelle mondiale, près de 1,6 milliard de personnes dépendent directement des forêts pour leurs moyens d’existence, tandis que 1,2 milliard de personnes tirent nourriture et revenus des arbres présents dans leurs exploitations.  

La Banque mondiale indique que les ressources forestières permettent à 1 personne sur 11 de sortir de l’extrême pauvreté.Face à ces enjeux, préserver les forêts ne consiste pas seulement à protéger la biodiversité : c’est aussi améliorer concrètement les conditions de vie des populations qui en dépendent. 

De la forêt aux conditions de vie : un même combat

Dans les zones d’intervention de Cœur de Forêt Madagascar, beaucoup de familles vivent directement de l’agriculture. Mais pendant longtemps, les difficultés étaient nombreuses : manque de techniques adaptées, faible accès aux semences, productions limitées, revenus insuffisants. 

L’objectif du projet est donc double : restaurer les forêts tout en permettant aux populations locales de développer des activités durables. 

Pour mesurer ces évolutions, nous suivons depuis et pendant plusieurs années les Exploitations Agricoles Familiales (EAF), les enfants et les organisations paysannes accompagnées. 

Les premiers résultats montrent une évolution progressive des conditions de vie : en 2025, les enquêtes menées auprès des membres des coopératives montrent une amélioration générale du niveau de vie, la suite de l’article vous le montrera.  

Distillation de matière verte par l'OP Taratra
Distillation de matière verte de géranium, source génératrice de revenue par l'OP Taratra

Des formations qui transforment
les pratiques agricoles

Avant l’accompagnement, de nombreuses familles cultivaient avec peu de moyens et peu de connaissances techniques. 

« Avant, je travaillais comme main-d’œuvre saisonnière dans notre village. C’était ma seule rentrée d’argent. Il nous était difficile de nous procurer des semences pour les cultures. Nous ne pouvions cultiver que sur une petite parcelle. » Veronirina, membre de la coopérative TARATRA 

Grâce aux formations que nous proposons, les producteurs apprennent de nouvelles pratiques : gestion des semences, techniques agricoles, compost, diversification des cultures ou encore agroforesterie. 

Aujourd’hui, Veronirina applique ces apprentissages sur sa propre parcelle : « Même si ma parcelle est toute petite, avec les techniques qu’on a apprises, la production est très satisfaisante. » Et cette évolution a un impact direct sur son quotidien : « Nous mangeons mieux actuellement. »

Produire davantage pour mieux vivre

Pour certaines familles, l’évolution se mesure aussi dans la capacité à générer de nouveaux revenus. 

Zanajafy, mère de trois enfants, cultivait auparavant seulement quelques planches de légumes. Avec l’accompagnement reçu, elle a progressivement diversifié sa production. 

Avant

  • 4 à 5 planches cultivées

  • peu de diversité dans les cultures

  • une production limitée.  

pictogramme maintenant

AUJOURD'hui

  • 9 planches cultivées  

  • nouvelles cultures comme la betterave, les petits pois ou les courgettes 

  • une production plus importante et de meilleures ventes

« Je peux vraiment dire que mon agriculture a beaucoup changé par rapport à avant, depuis que je travaille avec Cœur de Forêt. » dit-elle

Cette augmentation de production lui permet d’améliorer le quotidien de sa famille : «  Concernant l’alimentation, nous mangeons désormais trois fois par jour, matin, midi, soir.  » Et les revenus générés permettent aussi de mieux répondre aux besoins essentiels : « Même la scolarité de mes enfants est devenue un peu moins lourde pour moi cette année. »

Des pépiniéristes qui deviennent acteurs de la restauration des forêts

La restauration des forêts passe aussi par celles et ceux qui font grandir les arbres avant qu’ils ne retournent dans les paysages malgaches. 

Nous accompagnons 39 pépiniéristes dans la production de jeunes plants forestiers et fruitiers. Ces femmes et ces hommes sont formés aux techniques de production, à la gestion des graines et à l’entretien des plants afin de développer une véritable activité locale autour de la restauration des forêts. 

Justin, pépiniériste accompagné depuis 2021, a produit environ 25 000 jeunes plants grâce à cet accompagnement. 

Au-delà de la restauration écologique, cette activité représente aussi une source de revenus pour sa famille : « La production de jeunes plants me permet de financer les études de mon fils. » 

Portrait de Justin
Portrait de Justin

Mais la réalité est plus complexe, car certains producteurs doivent parfois parcourir de longues distances pour livrer leur production. 

C’est le cas de Gigie et Haingo, deux pépiniéristes accompagnées par Cœur de Forêt. Cette année, elles ont réussi à produire et vendre tous leurs plants. Une belle réussite…mais pas sans complexité. Comment transporter leurs productions jusqu’aux acheteurs lorsque les villages sont éloignés et que les moyens de transport manquent ? 

Pendant plusieurs mois, elles ont livré tous leurs plants comme elles le pouvaient : en portant leurs paniers remplis de jeunes arbres sur la tête, en marchant parfois près d’une heure pour rejoindre les villages des acheteurs. 

Tout comme Justin, cette année, Gigie et Haingo vont recevoir chacune un vélo de notre part, pour faciliter leurs déplacements. Cet équipement simple représente un véritable changement : elles pourront livrer plus facilement leurs plants, répondre à davantage de demandes et développer leur activité. 

L’objectif est qu’elles puissent produire davantage l’année prochaine, tout en intégrant directement les coûts de livraison dans leur activité pour continuer à faire vivre cette filière locale. 

Chiffres clés

Pendant 7 années, nous avons formé 8 Organisations Paysannes (OP) aujourd’hui 6 d’entre elles existent encore.  

Auprès de ces OP, nous avons menés des enquêtes. Elles montrent que :  

  • 92 % des enfants des membres des coopératives sont scolarisés ;  
  • 40 % des membres ont augmenté leur surface exploitée  
  • plusieurs familles ont pu investir leurs revenus dans l’élevage, l’achat de matériel ou l’amélioration de leur habitat.  

Pour Tojo, président de la coopérative EZAMI, le changement est profond : « Nous étions parmi les gens défavorisés. Nous ne mangions pas normalement, nous n’avions pas de réserve. On travaillait pour manger ; on vivait au jour le jour. » 

Et aujourd’hui : «Depuis que j’ai intégré la coopérative, nous avons des revenus ponctuels. Ce sont même des revenus durables car c’est vraiment une activité professionnelle pour permettre à la famille de vivre.» 

Ces nouveaux revenus lui permettent aussi de préparer l’avenir : « Nous avons déjà quelques économies pour acheter les briques. Nous nous sommes lancés aussi dans l’élevage pour la fondation de notre maison. » 

Quand une meilleure production permet aussi de préparer l’avenir des enfants

Pour de nombreuses Exploitations Agricoles Familiales (EAF), l’accompagnement ne se limite pas à améliorer les rendements agricoles. Il permet aussi de renforcer la stabilité des familles et de répondre à des besoins essentiels comme la scolarisation des enfants. 

C’est le cas de M. Léon, à Soanafindra, accompagné par Cœur de Forêt depuis 2024. Agriculteur, il cultive du riz en terrasse et du riz pluvial. Son souhait est de développer à nouveau la culture du soja, une production qu’il avait déjà essayée auparavant mais qu’il avait dû arrêter faute de résultats suffisants. Notre accompagnement technique des équipes et la mise à disposition de semences de soja, a permis à M. Léon de reprendre ces cultures avec de meilleures pratiques.  

Avec les conseils reçus, il a mis en place le compostage, qu’il finance aujourd’hui lui-même, car il a constaté les bénéfices sur ses productions. 

Cette évolution se traduit concrètement dans son quotidien : l’augmentation de sa production lui permet aujourd’hui de mieux répondre aux besoins de sa famille. Avant, la scolarisation de ses enfants représentait une difficulté importante. Aujourd’hui, il témoigne que cela est devenu beaucoup plus accessible. 

À travers ces accompagnements, l’agriculture devient ainsi un véritable levier d’autonomie. En améliorant les techniques de production,  les familles ont davantage de moyens pour construire leur avenir. 

Portrait Tiana
Tiana migrante du sud de Madagascar vivant à Ambaravanarala

Préserver les forêts pour garantir l’avenir

Dans les villages proches des zones forestières, les habitants observent aussi le lien direct entre forêt et conditions de vie. 

Tiana, installée près de la forêt d’Ambaravanala après avoir quitté une région devenue trop sèche pour cultiver, témoigne : « Là où nous vivions auparavant, il n’y avait pratiquement pas de forêt, seulement de vastes terrains très arides. » 

Aujourd’hui, elle associe directement la présence de la forêt à la possibilité de produire« C’est grâce à la présence de la forêt qu’il pleut. Sans pluie, rien ne fonctionne correctement dans la vie quotidienne.»  Et elle a raison, protéger ces écosystèmes, c’est protéger les moyens de subsistance pour elle est ses enfants.  

Chaque don contribue à faire grandir un cercle vertueux

Préserver les forêts, former un agriculteur, accompagner une pépiniériste ou soutenir une coopérative : toutes ces actions participent au même objectif. 

Restaurer les forêts de Madagascar, c’est permettre aux écosystèmes de retrouver leur équilibre, mais aussi donner aux communautés les moyens de construire un avenir plus autonome et durable. 

Soutenir notre campagne de dons pour notre projet à Madagascar c’est participer à la restauration des forêts tout en améliorant durablement les conditions de vie des communautés locales. 

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