top of page
  • Photo du rédacteurTiphanie

Le geste du printemps : Le débroussaillage !

Dernière mise à jour : 5 janv.

Thierry, notre technicien forestier nous partage ses conseils avisés !


Le débroussaillage, une habitude printanière… à limiter au printemps.


C’est la fin de l’hiver, le printemps pointe le bout de son museau. Beaucoup d’espèces amorcent une sortie de leur léthargie hivernale. Cela sera bientôt le temps aussi pour les promeneurs, les naturalistes, les curieux d’aller musarder, observer, identifier, botaniser dans les bois, les prairies, le long des lisières et des cours d’eau.

Mais attention, c’est aussi le moment de brandir tondeuses et débroussailleuses qui servent souvent à couper, tailler, ébarber, faucher, débroussailler, faucarder toute cette végétation qui reprend sa croissance naissante.


… Pourquoi changer cette habitude ?


Pour le plaisir des yeux : Ces fauches de printemps nous privent du spectacle magique des floraisons des espèces sauvages : marguerites, orchidées, lamiers, anémones…

Pour préserver le cycle naturel de certains animaux et insectes : Ces coupes perturbent le cycle du vivant, elles peuvent amener à la diminution, voire à la disparition de certaines espèces. Pourquoi ? Car le printemps est la période de reproduction de nombreuses espèces animales (hérissons, batraciens, reptiles, insectes…).

Pour préserver le cycle naturel de nombreux végétaux : Si la faune est touchée par le débroussaillage, elle n’est pas la seule victime. La flore, elle aussi, est fortement impactée par ces pratiques. Le cycle végétatif et la reproduction de nombreuses espèces sont chahutés, en particulier les plantes à bulbes, mais aussi les plantes annuelles ou bisannuelles. Les plantes annuelles réalisent leur cycle de vie (naissance, croissance, floraison, reproduction, mort) sur une année. Pour les bisannuelles, ce cycle se fait sur deux ou plusieurs années. Elles s’épuisent à vouloir reconstituer perpétuellement leurs organes végétatifs, coupés par le débroussaillage, sans jamais pouvoir fleurir et fructifier.

Le printemps est aussi une période propice aux abeilles et papillons qui prélèvent le nectar des fleurs.

Orphrys abeille, une espèce des pelouses sèches calcaires

Les fauches printanières, sacrifient à la fois des zones de reproduction et de ressources alimentaires.


Beau Salsifis des près, une espèce des praires sèches et des lisières forestières

Dans les sous-bois, c’est la forêt qui ne peut pas se régénérer. Les jeunes semis disparaissent sous la lame des débroussailleuses. Ils détruisent les jeunes générations d’arbres et arbustes qui permettent pourtant à la forêt de renaître. Contrairement aux idées reçues, la ronce couve les jeunes arbres et les accompagne au cours des premières années. Cette bienfaitrice leur permet de s’élever plus rapidement en les protégeant de diverses agressions, comme les animaux qui souhaiteraient les grignoter.


Nous vous conseillons d’un point de vue écologique de réaliser les fauches après le 1er avril.


Et des fauches en automne ? Oui, mais…

Photo de forêt

Les coupes d’automne ou tardives sont écologiquement plus pertinentes, car plus respectueuses des cycles du vivant. Toutefois, elles laissent un sentiment inachevé. Certes, la plupart des espèces végétales ont terminé leur cycle. Mais, laissées en l’état, elles représentent une ressource indispensable à une partie de la faune : zones de ponte pour certaines espèces d’araignées (Argiope frelon, par exemple), ressources alimentaires pour des passereaux granivores (Linotte mélodieuse, chardonneret élégant, mésange charbonnière...).


L'Argiope frelon, une araignée, qui se dans les praires hautes à l'automne pour y déposer ses oeufs

Durant l’hiver, on peut observer ces petits oiseaux sur les anciennes hampes florales, à la recherche de leur subsistance. Ne pas faucher à l’automne ou conserver des zones non fauchées (fauches jardinées, zones refuges tournantes) permet à tout ce petit monde de trouver gîte et couvert. Il conviendrait de privilégier les fauches de fin d’hiver. Elles prennent en compte le cycle de plus d’espèces et n’avantagent donc pas l’une plus que l’autre.


Et si nous fauchions plus haut ?

L'ail des ours, une espèce comestibles qui tapisse les sous-bois sans gêner l'installation de jeunes semis

Les coupes rases, qui consistent à faucher au ras du sol, sont à proscrire. En coupant plus haut de quelques centimètres, nous évitons la destruction ou la mutilation des espèces vivant au ras du sol (insectes, reptiles, batraciens…). Nous limitons également la mise à nu du sol, évitant son érosion ou son réchauffement. Certaines espèces végétales, même de prairies, peuvent alors accomplir leur cycle et offrent, de surcroît, des scènes paysagères exceptionnelles. Prenons l’exemple de la centaurée noire. C’est une espèce vivace qui peut atteindre une hauteur de 50 à 60 cm. Fauchée au printemps à 4 cm, elle survit, mais ne peut pas fleurir. En relevant la hauteur de fauche entre 8-10 cm, elle offre, au cours de l’été, de somptueux et denses tapis pourpre.


Le sens de la coupe est important pour ne pas piéger la macro-faune…


Il existe plusieurs types de débroussaillage. La fauche centripète (de l’extérieur vers l’intérieur) a tendance à piéger la faune au centre de la zone fauchée. Pour permettre à la petite faune de fuir la lame de la machine et de rejoindre des zones non fauchées, il faut réaliser une fauche centrifuge (de l’intérieur vers l’extérieur). Cela permet à la faune de se déplacer vers l’extérieur de l’espace entretenu, plutôt que d’être acculée vers un îlot herbeux temporaire.

Ces zones extérieures seront, comme on l’a vu précédemment, fauchées vers la fin d’hiver.


Schéma de comment faire le centrifuge

Que faire des résidus de fauche ?


Lorsque l’on pratique des fauches tardives, les volumes de rémanents peuvent rapidement devenir conséquents. Le travail de ramassage long et fastidieux amène bien souvent à tout laisser sur place.

Or, sur certains habitats (sur les pelouses et prairies sèches par exemple), il est important d’évacuer les déchets de fauche.

Laissés sur place, ceux-ci enrichissent le sol avec de la matière organique qui sera plus ou moins vite dégradée et transformée en matière minérale. Cet enrichissement favorise un cortège d’espèces végétales peu diversifié, avec parfois des espèces qui posent des soucis d’envahissement et de dissémination (chardons, liserons, dactyles…). En revanche, un appauvrissement, grâce à l’évacuation des rémanents, limite leur installation, entraîne même leur régression et offre donc la place à de nombreuses autres espèces. Ainsi, un changement de pratiques simples permet d’accroître la biodiversité de certains milieux.

Afin de rendre ce travail moins pénible, apprenons tout d’abord à faire des andains, lorsque l’on utilise la débroussailleuse. Cela facilite l’évacuation.

Enfin, différer le ramassage. Malgré toutes les précautions prises pour sauvegarder la petite faune, certains individus se trouvent piégés dans nos andains. Quand cela est possible, il faut attendre une à deux journées avant de ramasser. Ce laps de temps devrait permettre à toutes ces petites bêtes de pouvoir s‘échapper vers des zones plus accueillantes.


Vous êtes propriétaires d’un bois ? Vous ne savez pas comment gérer votre forêt ? Nous vous proposons de remplir ce formulaire : https://www.coeurdeforet.com/france-lot-candidatures-proprietair


Vous souhaitez en savoir davantage sur notre projet France, développé dans le Lot et les départements limitrophes, ainsi que sur nos projets à l’international ? 👉 Rendez-vous sur notre page Projets ou abonnez-vous à notre newsletter trimestrielle.


Comments


bottom of page