• Alice Gontier

[Rapport] Bilan 1er semestre 2019 en Indonésie

Mis à jour : il y a 4 jours

Chaque année, l’île de Florès est fortement touchée par la pratique du brûlis de la part de ses habitants, en particulier les éleveurs et les producteurs. D’une part, le feu est allumé sur les herbes sèches par les chasseurs dans le but de faire sortir le gibier (sanglier, cerfs) de la broussaille. D’autre part, l’île commence à attirer des investisseurs agricoles, peu enclin à la préservation de l’environnement, qui souhaitent bénéficier de nouveaux espaces d’hectares, et notamment pour la plantation d’oléagineux divers destinés à la fois à l’alimentation (cajou) qu’au transport (biofuel). Les faibles revenus générés par les quelques productions locales n’offrent pas de perspective pour les jeunes générations et les connaissances sur la pharmacopée traditionnelle et traditions locales se perdent en l’espace d’une génération.

Le projet Coeur de Forêt Indonésie a été initié en avril 2014 sous l’impulsion d’un anthropologue spécialiste de la région d’intervention, Nao REMON, actuel chargé de mission sur le projet Coeur de Forêt à Florès. Ce projet a pour objectif de préserver les espaces forestiers existants, en particulier la Montagne Sacrée Wolomezé, riche en biodiversité et lieu de nombreux mythes locaux, ainsi que d’appuyer le développement d’activités génératrices de revenus pour les producteurs. D’ici la fin de la saison de plantation 2018, plus de 226 000 arbres seront plantés, essentiellement du Santal et des espèces forestières, fruitières et de rente.

L’association locale Puge Figo, antenne locale de Coeur de Forêt, s’est attachée à accompagner techniquement les producteurs dans la plantation de ces arbres mais aussi dans le développement de parcelles de production de patchouli et de vanille. Ces années 2014 à 2017 ont aussi été l’occasion de mettre à disposition des producteurs les premiers moyens de transformation (alambic, hangar de séchage, extracteur d’arômes) nécessaires à la valorisation des produits forestiers non-ligneux qu’ils cultivent. En parallèle, les campagnes annuelles de reforestation ont aussi été l’occasion de mener des campagnes de sensibilisation auprès des jeunes populations, en intégrant des classes d’écoles locales aux actions de reboisement, ainsi que de sensibiliser les populations à l’arrêt des brûlis autour des espaces forestiers, autour de la Montagne Wolomezé. --> Télécharger le rapport semestriel en PDF !

Reforestation & Préservation

Clôture de la campagne de reboisement 2018/2019

La dernière campagne de plantation s’est terminée avec un bilan de 37 700 plants distribués, dont 2 800 ont été plantés sur les différentes zones de reforestation communautaires. Les fortes pluies subies par la pépinière ont occasionné une mortalité élevée parmi des plants de santals, où 11700 santals sont ainsi morts.

Campagne de reboisement 2019/2020

Jusqu’ici en Indonésie, nous reboisions principalement sur des parcelles appartenant aux producteurs de la zone, propriétaires de leurs propres parcelles. Ce type de reboisement atteint désormais ses limites et ne sera pas privilégié cette année. En effet, il nécessite un lourd travail de relations interpersonnelles et ayant déjà planté avec la grande majorité des producteurs géographiquement proches, leur capacité d’absorption en jeunes plants s’en trouve diminuée. Il faudrait ainsi étendre la surface d’intervention de l’association pour identifier de nouveaux producteurs, aggravant le facteur temps nécessaire à la relation et au suivi de de ces producteurs par un facteur de distance, très impactant à Florès où les infrastructures routières ne facilitent pas la logistique du projet. Nous orientons donc la campagne de plantations vers : la poursuite de la reforestation communautaire, du reboisement avec les communes sur les « zones productives » pour les habitants et enfin une diversification des partenariats en se rapprochant de l’antenne locale du ministère de l’environnement et de l’office des forêts de Kupang. Dès lors, les objectifs de plantation pour la campagne 2019/2020 sont fixés à 35 000 arbres. Dans le courant du 1er semestre, un total de 7 268 arbres a été mis en pépinière pour germination avec : 300 Agarwood (Gyrinops versteeghii), 1 068 Giroflier (Syzigium aromaticum), 4 100 Kadam ou Jabon (Anthocephalus chinensis), 300 Orange sauvage ou Shatkora lemon (Citrus macroptera)(VU) et 1 500 Combava (Citrus hystrix). Parmi les espèces citées, une grande partie peuvent être qualifiées d’indigènes, de la région, et sont parfois sur liste rouge de l’UICN, avec un statut de conservation donnant la gravité de la menace qui pèse sur l’espèce en question. Exemple : (VU) pour Vulnerable (en français : Vulnérable).

Reforestation communautaire

La reforestation sur les zones communautaires est essentiellement à visée

de préservation. Des réservoirs d’eau ainsi que des panneaux de captation d’eau ont

été installés au 1er semestre sur la zone de Nangge Mba’a, de Keka Boke et la zone A de la Forest Mosaic (30 ha) afin d’assurer l’irrigation des zones reboisées. La « Forest Mosaic », qui est une zone de forêts peu dense et vulnérable au feu sur laquelle nous intervenons depuis 2018, est divisée en 3 zones de 30 ha chacune. La zone A a été ensemencée par semis direct en 2018.

L’installation des panneaux de captation d’eau ainsi que le défrichage de l’allée parefeu y a été fait début 2019. La zone B et la zone C verront l’installation des panneaux de captations d’eau, et seront ensemencés respectivement, fin 2019 et fin 2020.

Sur Keka Boke, Nangge Mba’a et la Zone A de la Forest Mosaic, un relevé de comptage au mètre linéaire (sur 1% de la surface totale) a été réalisé sur 2e trimestre pour évaluer le taux de germination, les résultats seront disponibles avant la fin de l’année. Les zones reboisées sont gardées par 4 gardes feu : un pour Nangge Mba’a, un pour Keka Boke et deux pour la zone A de la Forest Mosaic d’une surface de 30 ha. L’enjeu est d’aller de plus en plus vers ce type de programmes qui se développent bien au niveau des communes. Cela nécessite toutefois de bien adapter les essences aux localités ciblées : une étude préalable des zones sera nécessaire pour déterminer les conditions pédoclimatiques, l’impact du feu dans la zone etc…

Reboisement sur les « zones productives »

La participation de Puge Figo (association locale, antenne de Coeur de Forêt) à la Bourse aux idées en 2018, a permis l’acquisition d’une reconnaissance officielle comme référente sur l’agronomie et le reboisement. Cette reconnaissance nous permet d’orienter notre campagne de reboisement vers les programmes menés par les communes elles-mêmes. En effet, sans statut officiel, participer aux réunions communales n’est pas permis sans être résidant de la commune concernée. Certaines communes possèdent des terrains communautaires et y financent la plantation et l’entretien d’arbres dans l’optique d’en laisser la gestion à la population. Les travaux d’entretien et de désherbage sont financés par la commune sur les premières années. Dans cette logique, la commune peut également appuyer financièrement la plantation d’arbres sur des terrains privés qui sont en limite des terrains des zones productives, et ce afin d’assurer la préservation des plantations communautaires et notamment concernant la lutte contre le feu. C’est essentiellement dans ce cadre que nous pourrions par exemple prévoir la plantation de santals associées avec d’autres essences à vocation productives.

Herbier

Un premier partenariat a été lancé avec l’université de Kupang en 2018 pour la

réalisation d’un inventaire floristique. Plus de 160 espèces ont été répertoriées par

l’équipe universitaire impliquée. Les données de ce premier inventaire ont été récupérées. Elles seront mises en pages sous forme d’un herbier grâce à des mesures complémentaires (photographies) sur les différentes espèces et organes botaniques, notamment. Un herbier « généraliste » sera créé sur l’ensemble des espèces répertoriées et un herbier « forestier » approfondit avec des données ethnobotaniques et écologiques sera réalisé spécifiquement sur une cinquantaine d’essences d’arbres forestiers

APPUI PRODUCTEURS & SENSIBILISATION

3 modèles agroforestiers à base de Santal sont proposés aux producteurs en fonction des besoins de ceux-ci et des caractéristiques de leurs parcelles. Pour les parcelles en friches ou non exploitées avec la présence d’arbres préexistants, le modèle A « Santal Forestier » est privilégié, incluant : Santalum album, Schleichera pterygosperma, Albizia procera, Mangifera indica, Morinda citrifolia, Piliostigma malabaricum, Homalium. Pour les parcelles nettoyées ou en friches, sans arbres préexistants, c’est le modèle B « Santal Fruitier » qui sera privilégié, avec

les espèces suivantes : Santalum album, Psidium guajava, Leucaena leucocephala, Anacardium occidentale, Mangifera indica, Artocarpus integer, Cassia siamea, Moringa oleifera, Antocephalus sinensis, Cymbopogon citratus. Enfin, les terrains critiques abimés, type savanes se verront reboisées avec le modèle C « Santal Régénération », qui intègre les espèces suivantes : Santalum album, Sesbania grandiflora, Cassia siamea, Leucaena leucocephala, Calliandra calothyrsus.

Ces modèles distincts ont en commun quelques observations de base. Le caractère hémiparasite du santal : cette nature impose à celui-ci d’être associé à des plantes hôtes, c’est-à-dire à d’autres variétés d’arbres dont les racines seront parasitées par celles du santal, et lui fourniront les nutriments nécessaires à une bonne croissance tout au long de sa vie. Le santal est moins dépendant de la fertilité des sols que des racines d’autres plantes à parasiter. Les terres non exploitées, en friche, ou peu valorisées représentent une surface importance dans le contexte rural de Flores. Généralement, des arbres qui pourront servir de plantes hôtes aux santals poussent déjà sur ces parcelles. La grande résistance du santal à la sècheresse ainsi que son parasitisme permettent qu’il soit planté sur des terrains critiques (arides, rocheux, érodés, peu fertiles). L’implantation systémique de couples « santal- arbre hôte » permet d’améliorer la qualité de ces sols. Le problème des feux incontrôlés qui se propagent à la saison sèche sur des surfaces immenses de paysage peut être réduit par une meilleure valorisation de ces terres. La valeur économique du bois de santal est très élevée : la récolte d’un seul arbre âgé de 20 ans fourni une quantité de bois de cœur dont le prix correspond en moyenne au revenu annuel d’un riziculteur. Enfin, une parcelle valorisée par la plantation de santals fera l’objet d’une attention nouvelle de la part du producteur qui devra faire le nécessaire afin de la protéger de la menace du feu.

La capitalisation des données concernant l’itinéraire cultural de la vanille auprès des producteurs a été réalisé en mai. La rédaction des fiches techniques à partir de ces données sera faite au court du 3ème trimestre.

Au cours du 1er semestre, nous avons pu réaliser le suivi de 130 producteurs de vanille, 38 producteurs de patchouli, dont 3 producteurs qui sont impliqués sur les deux productions : vanille et patchouli. La plantation de 1,15 ha de Patchouli (Pogostemon cablin), la distribution de 1500 boutures de vanille et l’implantation de 1000 plants de Citronnelle de Java (Cymbopogon winterianus)(*) ont été réalisés.

Un focus de suivi technique sur 20 producteurs de vanille, 10 producteurs de patchouli et 5 producteurs de citronnelle a été décidé dans l’objectif de leur autonomisation technique. Ils ont été sélectionnées selon plusieurs critères : les caractéristiques de leur parcelle (taille, pédologie, pente, accès à l’eau), leur motivation (basée sur le retour que les producteurs font du contrat et de la collaboration avec Puge Figo (prix d’achat de la MV, suivi, droits et obligations etc…), leur volonté de se fédérer, de passer à un mode de culture 100% naturel, une adéquation de la « typologie » du producteur et de son système de culture à l’implantation de la culture concernée, la disponibilité du foncier, l’engagement du producteur à fournir des plants à d’autres producteurs s’il est en excédent, et enfin la capacité de coopération du producteur concernant la transmission des informations nécessaires au suivi par notre responsable, critère qui sera réévaluer au fil du partenariat. Un critère supplémentaire est la volonté des producteurs de calculer leur coût de production, ce qui nécessite la tenue d’un cahier de recensement des activités et de la main d’oeuvre associée.

Sensibilisation

Un diagnostic sur les actions de sensibilisation réalisées les années précédentes étaient nécessaires afin d’en évaluer l’impact et identifier les axes d’améliorations potentiels. Ainsi, le programme de sensibilisation intégrera prochainement une dimension empirique aussi bien avec les publics enfants qu’adultes, notamment grâce à des sorties en milieu naturel pour de l’observation in situ en relation avec les thématiques du développement durable et de la protection de la biodiversité abordées. Une autre piste d’amélioration est l’intégration de ces enjeux au sein du cours « transmission locale » obligatoire dans toutes les écoles mais pour lequel les enseignants ne sont pas formés par le gouvernement.

VALORISATION & APPUI ECONOMIQUE

En ce 1e semestre, 26 kg de vanille verte ont été récoltés. L’ensemble de la récolte va être utilisé pour la production de vanille séchée. La distillation du patchouli va permettre la réalisation d’une communelle (assemblage de plusieurs lots d’une même huile essentielle, distillés séparément) de 100 kg d’huile essentielle de Patchouli.

Une presse végétale a été commandée et est arrivée sur le terrain pour lancer les tests de production d’huiles végétales.

La société locale de commercialisation, appartenant à l’association, a également été est créée. Elle prend le nom de « Nuantia ». La gamme locale est également lancée avec pour nom de marque « Kekaya ». En effet Puge Figo, qui est le nom de l’association locale, antenne de Cœur de Forêt, est un nom issu d’une légende locale, ne signifiant rien en dehors de la zone Nginamanu où est situé le projet. Nous avions besoin d’un nom qui puisse faire sens auprès de la clientèle sur une zone plus large. La gamme comporte actuellement 2 savons : Café / Lemongrass, et Patchouli / Combava, une huile thérapeutique et une huile pour cheveux. Le développement de la gamme locale nécessite également le développement d’un système de traçabilité avec numérotation des lots, en cours d’élaboration.

La commercialisation test sur le 1e semestre a été faite grâce à notre participation à une foire, ainsi qu’aux ventes effectuées par une vendeuse indépendante en portes à portes.

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