[Rapport 2017] Record de plantation en Indonésie

January 4, 2018

Toutes les équipes Coeur de Forêt vous souhaitent une très belle année 2018. Qu'elle soit remplie de beaux projets et de solidarité dans votre vie personnelle comme professionnelle. Tous les semestres nous publions le rapport des activités qui se sont déroulées sur les projets Coeur de Forêt aux quatre coins du monde. Et cette année, c'est le rapport Indonésie que nous présentons en premier.

 

Retour sur le contexte de la déforestation en Indonésie, bilan du projet depuis ses débuts, reforestation et préservation, notamment sur la colline Nangge Mba’a, valorisation avec la construction du hangar de séchage et le développement du patchouli et de la vanille, et sensibilisation avec les ateliers de médiation et l'éducation, vous saurez tout sur nos actions terrains en Indonésie.

 

Contexte

 

Chaque année, l’île de Florès est fortement touchée par la pratique du brûlis de la part de ses  habitants, en particulier les éleveurs et les producteurs. D’une part, le feu est allumé sur les  herbes sèches par les chasseurs dans le but de faire sortir le gibier (sanglier, cerfs) de la  broussaille. D’autre part, l’île commence à attirer des investisseurs agricoles, peu enclin à la préservation de l’environnement, qui souhaitent bénéficier de nouveaux espaces pour les transformer en monocultures de plusieurs centaines d’hectares, et notamment pour la plantation d’oléagineux divers destinés à la fois à l’alimentation (cajou) qu’au transport (biofuel). Les faibles revenus générés par les quelques productions locales n’offrent pas de perspectives pour les jeunes générations et les connaissances sur la pharmacopée traditionnelle et traditions
locales se perdent en l’espace d’une génération.

 

Le projet Coeur de Forêt Flores a été initié en avril 2014 sous l’impulsion d’un anthropologue spécialiste de la région d’intervention, Nao Remon, actuel chargé de mission sur le projet Coeur de Forêt à Florès. Ce projet a pour objectif de préserver les espaces forestiers existants, en particulier la Montagne Sacrée Wolomezé, riche en biodiversité et lieu de nombreux mythes locaux, ainsi que d’appuyer le développement d’activités génératrices de revenus pour les producteurs.

 

D’ici la fin de la saison de plantation 2017-2018, ce seront 176000 arbres qui auront été plantés, essentiellement du Santal et des espèces forestière, fruitières et de rente. L’association locale Puge Figo, antenne locale de Coeur de Forêt, s’est attachée à accompagner techniquement les producteurs dans la plantation de ces arbres mais aussi dans le développement de parcelles de production de patchouli et de vanille. Ces années 2014 à 2017 ont aussi été l’occasion de mettre à disposition des producteurs les premiers moyens de transformation (alambic, hangar de séchage, extracteur d’arômes) nécessaires à la valorisation des produits forestiers non-ligneux qu’ils cultivent. En parallèle, les campagnes annuelles de reforestation ont aussi été l’occasion de mener des campagnes de sensibilisation auprès des jeunes populations, en intégrant des classes d’écoles locales aux actions de reboisement, ainsi que de sensibiliser les populations à l’arrêt des brûlis autour des espaces forestiers, autour de la Montagne Wolomezé.

 

Reforestation & Préservation

 

Reforestation
En 2017, les actions de reforestation continuent de prendre de l’ampleur avec la plantation de 66000 arbres durant la saison des pluies (décembre 2017 à mars 2018). Le Santal, espèce classée sur la liste rouge de l’UICN, est toujours prioritaire mais la pépinière s’est diversifiée pour accueillir
18 espèces d’arbres : 40000 Santal, 9000 girofliers, 6100 Cacao, 120 Oud, 880 Mandariniers, 1064 Combava, 2200 Orangers amer, 1067 Citronniers, 1046 Citronniers locales, ainsi que 10114 arbres utilisés en bois d’oeuvre (Anthocephalus chinensis, Sesbania cannabina, Albizia chinensis, Albizia flacataria, Delonix regia, Ficus sp, Ficus variegata). Les plantations sont organisées avec les populations dès la mise en pépinière au mois de mai afin de définir leurs besoins. On estime plus de 300 bénéficiaires impliqués dans la plantation à travers les écoles, les familles et les groupements de producteurs.

 

Inventaire botanique - Wolomezé

Afin d’enrichir la diversité d’espèce endémique plantée, le projet entre dorénavant dans une nouvelle phase visant à approfondir les connaissances sur la biodiversité de l’île, en particulier autour de la Montagne Sacrée Wolomezé qui abrite encore une forêt riche en biodiversité, d’anciens vestiges des populations et faisant l’objet de nombreux mythes. Un travail d’inventaire botanique a été initié cette année par la définition de la méthodologie adaptée à ce type d’inventaire. Les actions pourront débuter en 2018 et s’attacheront à inventorier les arbres sur une zone de 300 ha de forêt située sur la montagne sacrée Wolomézé.

 

Préservation - Nangge Mba’a
Initiée en 2016, la reforestation de la colline Nangge Mba’a sur une surface totale de 30 ha s’est poursuivie cette année par la poursuite des semis directs mais aussi en grande partie par l’entretien des jeunes pousses. Un relevé de mortalité des arbres plantés en 2016 a pu être effectué, laissant apparaitre un fort taux de réussite des semis directs (près de 86 000 arbres) qui seront à confirmer dans le temps avec la sélection naturelle qui s’opèrera. Les meilleures reprises ont été observées sur l’essence du Lamtoro (Leucaena leucophela). Depuis le mois de mai, un coordinateur et une équipe de débroussailleurs ont été recrutés pour assurer la surveillance et
l’entretien des arbres en croissance. L’équipe locale a su faire face cette année à 3 départs de feu qui ont atteints les limites de la zone de reforestation de la colline. Grâce au modèle de plantation, la vigilance de l’équipe locale et leur intervention rapide lors des départs de feu, la zone de reforestation n’a pas été affectée et le retour de la saison des pluies en cette fin d’année 2017 porte un coup d’arrêt aux brûlis. Bénéficiant du début de cette saison des pluies fin 2017, une nouvelle vague de semis direct a été réalisée sur la bande anti-feu permettant ainsi de passer de 17 à 25 ha reboisés. Une nouvelle bande anti-feu sera entretenue en 2018.

 

 Valorisation

 

Construction du hangar de séchage

Initialement prévu en 2 hangars, le projet a finalement opté pour centraliser les investissements sur une seule et même structure afin de garantir l’efficacité de la valorisation des produits. À noter que la construction a été retardée en raison d’une mini-tornade s’étant abattue lors de la  construction du hangar, ayant anéanti plusieurs mois de travail. Les matériaux ont été récupérés et le hangar a pu être reconstruit comme initialement prévu. De fait, un système de double hangar a été installé, couvrant une surface de 400 m². Bénéficiant de 8 étages de lattes de séchage, à destination premièrement de la masse verte de patchouli séchée avant distillation, ce hangar permet d’assurer une bonne logistique dans la production d’huile essentielle de patchouli.

 

Patchouli
2,71 hectares de patchouli ont été plantés avec les producteurs locaux, représentants 13858 boutures. En parallèle, 3 ha supplémentaires sont en cours d’implantation par de nouveaux producteurs. Les premiers retours d’expérience montrent une difficulté pour les producteurs de se libérer du temps nécessaire à la culture de patchouli durant les saisons de culture du riz, culture vivrière considérée comme prioritaire localement. Une volontaire ingénieure agronome Coeur de
Forêt est arrivée cette année sur le projet afin de mener un diagnostic agraire approfondie sur la zone d’intervention du projet. En cours de réalisation, ce diagnostic doit permettre de mieux  comprendre les systèmes de production locaux afin de formaliser le meilleur appui possible aux producteurs et mieux incorporer cette culture nouvelle dans le système de production des agriculteurs. Au total, 40 kg d’huile essentielle de patchouli ont été produits sur l’année 2017, une première exportation étant prévue pour le premier semestre 2018. Certains lots affichent déjà des taux de patchoulol (molécule principale constituant l’huile essentielle de patchouli) nettement supérieurs aux taux habituellement rencontrés, ce qui s’avère encourageant pour la suite du développement de cette filière.