[Rapport 2017] Année tout en expérimentation à Madagascar Antsirabe

February 9, 2018

Situé dans l’océan Indien, au large des côtes du Mozambique, Madagascar fait partie des pays les plus pauvres du monde avec encore en 2010, 75.3% de la population vivant en-deçà du seuil de pauvreté. En proie à une instabilité politique très forte ainsi qu’à un niveau élevé de corruption, le pays connait depuis des décennies un pillage croissant de ses ressources naturelles. D’une manière générale à Madagascar, la proportion de zones forestières recule chaque année passant de 22.7 % à 22.6 % entre 2004 et 2006 par exemple. Cette déforestation s’explique par une  surexploitation des ressources forestières de la part d’une population rurale très pauvre
et non informée sur les conséquences d’une gestion non maîtrisée des ressources naturelles.

 

Madagascar est également le pays par excellence des huiles végétales et essentielles en raison de la forte biodiversité concentrée au sein de l’île. Ces produits à forte valeur ajoutée, suscitant l’intérêt des entreprises de cosmétique et de parfumerie à l’international, sont issus de filières désorganisées, rarement traçables et peu respectueuses de l’environnement. Les espèces
sauvages sont illégalement prélevées sans respect de plan de gestion tandis que les espèces cultivables sont bien souvent issues de monocultures causant une forte dégradation et un appauvrissement des sols (sols lessivés et déstructurés menant le monde paysan a usé d’intrants chimiques pour maintenir artificiellement leur fertilité). Au-delà, ces filières ne permettent pas de rétribuer à juste mesure le premier maillon essentiel de la chaîne qu’est le producteur.  Déconnectés des marchés en raison de leur condition sociale et leur manque de structuration, les producteurs sont cantonnés au rôle de cultivateur et n’ont pas accès aux infrastructures de valorisation (alambic, presse végétale) qui constituent pourtant l’outil de création de la valeur ajoutée. En réalité, la majeure partie des exportations passe par des grosses sociétés qui achètent la «masse verte» aux petits paysans malgaches et qui procèdent ensuite à leur transformation. De ce fait, la plus-value est générée au bénéfice des sociétés et non des producteurs. Ainsi, c’est dans un contexte environnemental, social et commercial défavorable au producteur que le projet de Coeur de Forêt à Antsirabe s’inscrit. Par l’accompagnement des producteurs vers une meilleure formation, structuration, et visibilité sur les marchés, le projet entend les impliquer comme premier acteur dans la préservation de leurs ressources naturelles.

 

Reforestation et sensibilisation

 

Au total, 52 plates-bandes nécessaires à la production des plants en pépinière (lit  d’ensemencement, accueil des plants repiqués en sachets) ont été construites sur la plateforme d’expérimentation d’Ibity. Dès lors, 30 000 arbres ont germé et 25 000 ont été repiqués en sachets afin d’assurer une campagne de reforestation du même ordre de grandeur dans la zone  d’intervention du projet. Les plants en pépinière sont issus de 11 espèces différentes dont 6 sont
endémiques
de la région d’Ibity.

 

Des partenariats liés par convention avec la mairie de Vinaninkarena et 2 lycées d’Antsirabe ont d’ores et déjà été conclus et vont permettre de développer des campagnes de plantation de grande
envergure. L’association locale veille à développer de nouveaux partenariats, soit avec des collectivités locales, des entreprises ou encore des groupements de producteurs.

 

La reforestation a déjà débuté au mois de décembre 2017 et va se poursuivre jusqu’à la fin de la saison des pluies (en mars 2018). À l’heure actuelle, 5 500 arbres ont déjà été plantés.

 

D’autre part, l’association a poursuivi au cours de ce semestre ses interventions auprès des jeunes générations de la région. Bruto RANAIVOSON, le responsable agronomique Coeur de Forêt Madagascar est ainsi intervenu devant 18 écoles, permettant de sensibiliser les élèves aux enjeux et à l’intérêt de la préservation de la biodiversité et de la protection de l’environnement.

 

 Infrastructures

 

L’année 2017 a été marquée par de très belles avancées sur le projet mené à Madagascar, dans la zone d’Antsirabe, notamment sur la mise en œuvre de la plateforme d’expérimentation basée à Ibity. En effet, après la construction de 3 puits et 2 compostières en 2016, le projet s’est attelé à la construction d’une maison permettant d’accueillir le gardien de la plateforme, l’accueil des volontaires Coeur de Forêt mais aussi un local de stockage pour l’ensemble du matériel agricole nécessaire. Une douche et des toilettes sont venus parfaire ces installations.

 

En parallèle, un abri sécurisé pour l’alambic de 1 200 litres a également été développé. L’alambic de production est directement connecté à un réservoir à eau, lui-même directement alimenté par l’un des puits construits préalablement. Dès lors, l’essentiel des infrastructures a été construit durant cette année 2017, il ne restera qu’à ajouter un petit abri permettant de stocker le bois de chauffe nécessaire aux activités agricoles et de distillation. Le site a également vu l’implantation d’une haie établissant le pour tour de la parcelle d’expérimentation. Il s’agit essentiellement de Tephrosia, essence assurant un apport azoté au sol. Au-delà, 1 430 arbres issus de 9 espèces distinctes ont également été plantés sur la parcelle en elle même.

 

Expérimentation agricole

 

L’ensemble du site d’expérimentation (4,5 hectares) a été mis en valeur au regard de la politique d’expérimentation développée dans la cadre du projet. Au total, 6 protocoles ont été développés par le binôme d’ingénieur agronome franco-malgache présent sur le terrain. 3 protocoles portant sur le géranium : le premier en association culturale isolée avec l’arachide, l’haricot, le soja, la tagète, le deuxième avec 6 traitements biologiques fertilisants à 3 doses différentes : sans
fertilisant, guano, polyter, compost simple, compost liquide, corne de zébu et le dernier en agroforesterie avec le Tephrosia et le Filao. Les 3 autres protocoles sont les mêmes que ceux cités précédemment mais centrés sur la Citronnelle. Les premières données portant sur le Géranium ont été récoltées et sont en cours de traitement statistique par les ingénieurs agronomes locaux. Les analyses et résultats seront donc connus durant le premier semestre 2018.

 

Pour rappel, l’intérêt de cette démarche expérimentale vise à proposer les meilleurs modèles de production aux agriculteurs locaux, tant du point de vue de la productivité des plants que de la préservation des sols d’implantation. Les résultats ont vocation à être le plus largement diffusés aux producteurs de la région du Vakinankaratra. Les 12 agriculteurs travaillant sur la plateforme d’expérimentation sont d’ores et déjà formés aux techniques de production durables promues dans le cadre du projet (fertilisation biologique, agroforesterie, association culturale, paillage etc...),
les premiers d’une plus longue liste de producteurs à venir.