[Rapport 2017] L'apiculture a toujours la côte en Bolivie

February 12, 2018

Contexte

 

La Bolivie connait une très forte diversité de climat se manifestant par des successions de strates écologiques allant des plaines arides de l’Altiplano, aux sommets enneigés à 6000 mètres d’altitude en passant par les vallées tropicales. La région des Yungas, lieu d’implantation du projet est considérée comme un Hot Spot car elle concentre 50% de la biodiversité du monde. On y retrouve notamment des orchidées uniques au monde. Les fruits tropicaux, le café, la coca,  le cacao et le tabac y trouvent des conditions optimales pour s'épanouir, grâce au climat chaud et humide et aux précipitationsabondantes. Les extractions minières y sont également monnaie courante et peu encadrées, menant souvent à l’élargissement des lits de rivière et la pollution des cours d’eau. A cela s’ajoute l’absence d’un système de gestion des déchets, contribuant à son tour à la pollution de l’environnement local. La région des Yungas a également été en proie au trafic de bois précieux à l’image du Mara (Swieteniamacrophylla), que l’on retrouve sur la liste rouge des espèces de l’IUCN et qui a presque disparu de la région. La déforestation suit également une augmentation fulgurante dans la région, alors que 12 000 ha de forêt disparaissaient entre 2000 et 2005, 35 500 ha ont été rayés de la carte entre 2005 et 2010.

 

Cependant, la culture traditionnelle et principale de la région est la coca, plante exigeante qui cause de nombreuses problématiques environnementales. Cultivée en monoculture, la coca appauvrit fortement ses sols d’implantation causant une érosion de ceux-ci et pouvant aller jusqu’à des glissements de terrain. Bien que son espace de culture soit légalement limité, la coca pousse tout de même les producteurs à abandonner les sols appauvris et à pratiquer le défrichage de parcelles forestières suivi de brûlis afin d’en perpétuer la culture. La région de Las Yungas est toutefois connue pour être la zone de production traditionnelle de la coca, sa production servant essentiellement à la consommation légale des populations. Il reste certain que des quantités non-négligeables de coca sont détournées par le narcotrafic.

 

La Bolivie connait encore un IDH (Indice de Développement Humain) moyen stable de 0,675 en 2012, mais les disparités sont fortes entre milieu rural et citadin. Le fort développement économique de la capitale économique La Paz, contraste fortement avec le manque d’investissements infrastructurels en milieu rural. Sa situation d’enclavement, couplée à une faible capacité de production de biens de première nécessité représentent un handicap pour son développement. De nombreux produits étant importés, les prix s’en trouvent impactés à la hausse.

Dans ce contexte, l’association Cœur de Forêt vise, sans la remplacer totalement, à apporter des alternatives concrètes à la culture de coca et se doit également de prendre en considération les intérêts financiers des producteurs locaux.

 

Plantations agro-forestières

 

Le partenaire local, Corazon Del Bosque a défini au cours de l’année 24 producteurs intéressés pour participer à la campagne de reforestation 2017-2018, suivant les modèles agroforestiers promus par le projet. L’objectif de plantation grandissant pour cette campagne de 9000 arbres dans les environs de Coroico est ainsi en cours de réalisation.

La pépinière du projet, ensemencée à partir de juin 2017 permet d’ores et déjà la fourniture de ces plants (café, agrume & arbres forestiers) à l’ensemble des producteurs bénéficiaires pour ainsi reboiser selon les 3 modèles agroforestiers définis : systèmes agroforestier Café, Agrume et Mixte (Café & Agrumes).

 

En parallèle, les 74 producteurs répartis sur plus de 34 communautés ayant déjà plantés les années précédentes avec Cœur de Forêt ont chacun été visités par l’ingénieur agronome de Corazon Del Bosque en charge du suivi des producteurs et des parcelles. Ces visites de suivi technique sont l’occasion d’améliorer l’état sanitaire des parcelles, de former les producteurs aux bons gestes de l’entretien et de veiller à la bonne définition de leurs capacités de production.

Enfin, l’arrivée d’une nouvelle volontaire ingénieure agronome sur le projet durant l’année a permis de débuter le diagnostic agraire de la région d’intervention. L’objectif de cette étude consiste à affiner la compréhension des systèmes de culture et de production locaux dans l’idée d’une part, d’améliorer les méthodes d’appui proposées par Corazon Del Bosque envers les producteurs et d’autre part, de définir des prix équitables sur les produits au regard du contexte national et local.

 

Apiculture

 

L’intérêt manifeste des producteurs locaux pour se convertir à l’apiculture ne faiblit pas. En effet, 22 nouvelles ruches ont été distribuées à 15 producteurs bénéficiaires du projet. Certaines de ses ruches permettent de venir remplacer du matériel vieillissant tandis que d’autres constituent le premier pas de certains agriculteurs à la conversion à cette activité respectueuse de l’environnement. En parallèle, le matériel nécessaire au reste de l’activité a également été distribué aux nouveaux producteurs : enfumoirs, gants, masques, tenues de protection. L’association leur a également fourni des plantes mellifères à implanter à proximité de leurs ruches, afin d’assurer une ressources substantielle de pollen & nectar aux abeilles.

En plus d’un suivi technique individuel mis en œuvre auprès des 54 producteurs appuyés dans le cadre du projet, l’ingénieur agronome de Corazon Del Bosque en charge du suivi apicole a dispensé 7 formations avancées à 43 apiculteurs visant à l’autonomisation mais aussi au développement des compétences : amélioration de l’extraction de miel depuis la ruche, récupération et préparation de propolis, suivi de l’évolution de la qualité du miel, préparation de cire brute et des cadres des ruches.

 

Enfin, avec le fort développement des capacités de production des apiculteurs appuyés et les demandes croissantes en miel de la part du marché national & international, l’association Corazon Del Bosque s’est installée au sein d’un laboratoire de conditionnement spécifique au miel. Un dossier d’accès au SENASAG (registre sanitaire bolivien) est actuellement en cours de rédaction afin de valider la qualité du miel issu des ruches et d’enregistrer officiellement cette production aux yeux des autorités boliviennes. Un pas de plus vers la mise en œuvre d’un cercle vertueux !

 

Café

 

L’association Cœur de Forêt travaille en partenariat avec Intermarché France dans l’optique de redynamiser la filière café au sein de la zone de production historique qu’est Coroico. Dès lors, une commande d’un demi-contener de café a été effectuée en 2017 afin d’initier la relance de cette filière locale, quelques peu abandonnée ces dernières années en raison de la baisse des prix et par conséquent de la baisse de la qualité des productions.

Les discussions menées tout au long de l’année avec l’ensemble des acteurs de la filière (producteurs, transformateurs, acheteurs) ont permis d’aboutir à la fixation d’un prix équitable, approuvé par l’ensemble de ces acteurs. La commande est actuellement en cours de finalisation, le demi-contener sera acheminé par voie maritime au début de l’année 2018.

La nouvelle visite d’Intermarché sur le lieu du projet a permis de guider techniquement le développement de filière mais aussi de mettre en relation la réalité de terrain et les attentes du marché européen.

Cette première commande a été l’occasion de redémontrer aux producteurs l’intérêt de cette production à forte valeur ajoutée et a ainsi permis de susciter un regain d’intérêt pour l’entretien des parcelles gérées en agroforesterie. L’association a su appuyer les producteurs par le rôle de tampon qu’elle a joué entre les différents acteurs mais également par la distribution de tables de séchage ainsi que le suivi effectif sur le terrain de la valorisation des produits. La part du demi-contener provenant de la région de Coroico étant de l’ordre de 10% (environ 15 bénéficiaires du projet), l’objectif affiché est de démultiplier cette proportion dans les années à venir au fur et à mesure de la relance de cette filière historique dans la région.