[Rapport] Bilan 1er semestre 2018 à Madagascar Antsirabe

August 2, 2018

Situé dans l’océan Indien, au large des côtes du Mozambique, Madagascar fait partie des pays les plus pauvres du monde avec encore en 2010, 75.3% de la population vivant en-deçà du seuil de
pauvreté. En proie à une instabilité politique très forte ainsi qu’à un niveau élevé de corruption, le pays connait depuis des décennies un pillage croissant de ses ressources naturelles. D’une manière générale à Madagascar, la proportion de zones forestières recule chaque année passant de 22.7% à 22.6% entre 2004 et 2006 par exemple. Cette déforestation s’explique par une surexploitation des ressources forestières de la part d’une population rurale très pauvre et non informée sur les conséquences d’une gestion non maîtrisée des ressources naturelles.

 

Madagascar est également le pays par excellence des huiles végétales et essentielles en raison de la forte biodiversité concentrée au sein de l’île. Ces produits à forte valeur ajoutée, suscitant l’intérêt des entreprises de cosmétique et de parfumerie à l’international, sont issus de filières désorganisées, rarement traçables et peu respectueuses de l’environnement : les espèces
sauvages sont illégalement prélevées sans respect de plan de gestion tandis que les espèces cultivables sont bien souvent issues de monocultures causant une forte dégradation et un appauvrissement des sols (sols lessivés et déstructurés menant le monde paysan à user d’intrants chimiques pour maintenir artificiellement leur fertilité). Au-delà, ces filières ne permettent pas de rétribuer à juste mesure le premier maillon essentiel de la chaîne qu’est le producteur.  Déconnectés des marchés en raison de leur condition sociale et leur manque de structuration,
les producteurs sont cantonnés au rôle de cultivateur et n’ont pas accès aux infrastructures de valorisation (alambic, presse végétale) qui constituent pourtant l’outil de création de la valeur
ajoutée. En réalité, la majeure partie des exportations passe par des grosses sociétés qui achètent la «masse verte» aux petits paysans malgaches et qui procèdent ensuite à leur transformation. De ce fait, la plus-value est générée au bénéfice des sociétés et non des producteurs.


Ainsi, c’est dans un contexte environnemental, social et commercial défavorable au producteur que le projet de Coeur de Forêt à Antsirabe s’inscrit. Par l’accompagnement des producteurs vers
une meilleure formation, structuration, et visibilité sur les marchés, le projet entend les impliquer comme premier acteur dans la préservation de leurs ressources naturelles.

Reforestation & Préservation

La campagne de reforestation 2017-2018 a commencé en novembre et s’est achevée en avril avec la plantation de plus de 25 000 arbres. Ce sont 11 espèces différentes qui ont été plantées, dont 4 espèces endémiques : Harungana madagascariensis, Dodonaea madagascariensis, Phyllarthron madagascariensis, Stereospermum euphorioides, mais également deux espèces sélectionnées pour la production d’huile essentielle : le cyprès Cupressus lusitanica et l'eucalyptus citronné Eucalyptus citriodora. Certaines espèces ont également un intérêt pour les modèles agroforestiers, en ornement, pour la production de bois de chauffe, ou encore pour leurs propriétés médicinales. 

Xavier BOTON, nouveau stagiaire, vient d’arriver de La Réunion sur le projet pour travailler sur la capacité d’adaptation des essences forestières endémiques dans le contexte pédo-climatique des Hauts Plateaux de Madagascar et déterminer leur intérêt socio-économique. Ce travail nous permettra de mieux comprendre et intégrer ces espèces dans nos modèles de plantations agroforestières.

Ce premier semestre a également été le moment de mettre en pépinière les 35 000 plants qui seront utilisés pour la campagne de reforestation 2018-2019.

 

Télécharger le rapport semestriel en PDF !

 

 

Plateforme d’expérimentation d’Ibity

L'expérimentation agronomique se poursuit cette année avec la révision des protocoles et de la méthodologie ainsi que la mise en place de nouvelles parcelles tests. Notamment, des parcelles de citronnelle ont été implantées afin d'étudier – de la même manière que pour le géranium – l'effet de différents systèmes de culture. Ainsi, des surfaces de citronnelle en monoculture avec différentes modalités de fertilisation, en association avec des cultures vivrières et en agroforesterie viennent compléter le dispositif expérimental.

L'analyse des premiers résultats obtenus sur les saisons 2017 et 2018 pour les cultures de géranium a permis de mettre en évidence quelques effets positifs des pratiques et des systèmes de cultures mis en place (utilisation de fertilisants organiques et associations culturales). Ces tendances seront à confirmer par la suite et les modèles culturaux validés pourront alors être diffusés aux producteurs.

Un recensement de la macrofaune d'invertébrés du sol a également été réalisé afin d'effectuer un premier état des lieux de la biodiversité présente sur le site. Les intérêts écologiques et agronomiques des espèces identifiées sont alors mis en relation avec les pratiques et modèles agronomiques. Cette démarche permet de sensibiliser les producteurs à la vie biologique des sols et ainsi à l'adoption de pratiques agroécologiques permettant le maintien de cette vie dans le sol, garante d’une fertilité du sol.

En parallèle, le diagnostic agraire se déploie sur trois communes dans la zone d’intervention de Cœur de Forêt Madagascar : Ibity, Vinankarena et Manandona, grâce à l’arrivée de Guillemette LEFORT, nouvelle volontaire sur le projet issue d’une formation d’ingénierie en agro-développement international. Sa mission sera de comprendre les pratiques des producteurs de la zone pour pouvoir renforcer nos actions et leurs proposer des modèles adaptés à leurs besoins et attentes.

En partenariat avec l’ONG Initiative Développement, un nouvel axe d’amélioration de l’efficacité énergétique des alambics à feu direct utilisés pour la distillation des huiles essentielles va être lancé en août pour mettre en place des essais permettant d’optimiser l’efficacité énergétique lors de la distillation et ainsi diminuer la consommation de bois.

Les employés travaillant sur la plateforme d’expérimentation d’Ibity ont soumis à Cœur de Forêt l’envie de pouvoir développer leur propre exploitation agricole. Ils ont alors initié une production de géranium en association avec des cultures vivrières sur leur propre terrain (parcelles situées dans la commune d'Ibity).

Pour le premier semestre 2018, 20 kg d’huile essentielle de géranium ont déjà été produits depuis les cultures implantées à Ibity en 2017. Les analyses chromatographiques systématiques réalisées par un laboratoire indépendant ont permis cette année encore de confirmer la très bonne qualité de l’huile essentielle.  Sa qualité olfactive a également été confirmée par notre partenaire parfumeur en France.

 

Equipes

Lauréat MANDRESILAHATRA, est arrivé en avril sur le projet pour prendre le poste de coordinateur du général du projet, toutes structures confondues. Franco-malgache avec une forte expérience des ONG, il permet de renforcer la cohésion des équipes qui grandissent à vitesse grand V sur le terrain et ainsi d’améliorer la stratégie générale d’intervention du projet. Le premier poste dédié à l’appui de la communication locale et à la sensibilisation a été créée avec l’arrivée de Louise PETIT, issue d’une formation Master en communication, spécialisé parcours jeunesse.

L’augmentation des activités d’appui aux producteurs, la réorganisation d’Equimada et l’augmentation du nombre d’arbres plantés pendant les campagnes de reforestation ont nécessité le recrutement d’un technicien agronomique pour assister Bruto RANAIVOSON, notre responsable agronome local. C’est Moussa ALI TALAKA qui est donc venu compléter l’équipe sur ce poste.

L’équipe de « gestion » va également être bientôt complétée avec l’arrivée d’un responsable comptable et financier et la création d’un poste de responsable RH au sein de l’association à Madagascar.