[Rapport Annuel] Bilan 2018 Projet Madagascar Antsirabe

February 15, 2019

Situé dans l’océan Indien, au large des côtes du Mozambique, Madagascar fait partie des pays les plus pauvres du monde avec encore en 2010, 75.3% de la population vivant en-deçà du seuil de pauvreté. En proie à une instabilité politique très forte ainsi qu’à un niveau élevé de corruption, le pays connait depuis des décennies un pillage croissant de ses ressources naturelles. D’une manière générale à Madagascar, la proportion de zones forestières recule chaque année passant de 22.7 % à 22.6% entre 2004 et 2006 par exemple. Cette déforestation s’explique par une surexploitation des ressources forestières de la part d’une population rurale très pauvre et non informée sur les conséquences d’une gestion non maîtrisée des ressources naturelles. 

 

Madagascar est également le pays par excellence des huiles végétales et essentielles en raison de la forte biodiversité concentrée au sein de l’île. Ces produits à forte valeur ajoutée, suscitant l’intérêt des entreprises de cosmétique et de parfumerie à l’international, sont issus de filières désorganisées, rarement traçables et peu respectueuses de l’environnement : les espèces sauvages sont illégalement prélevées sans respect de plan de gestion tandis que les espèces cultivables sont bien souvent issues de monocultures causant une forte dégradation et un appauvrissement des sols (sols lessivés et déstructurés menant le monde paysan à user d’intrants chimiques pour maintenir artificiellement leur fertilité). Au-delà, ces filières ne permettent pas de rétribuer à juste mesure le premier maillon essentiel de la chaîne qu’est le producteur.  Déconnectés des marchés en raison de leur condition sociale et leur manque de structuration, les producteurs sont cantonnés au rôle de cultivateur et n’ont pas accès aux infrastructures de valorisation (alambic, presse végétale) qui constituent pourtant l’outil de création de la valeur ajoutée. En réalité, la majeure partie des exportations passe par des grosses sociétés qui achètent la «masse verte» aux petits paysans malgaches et qui procèdent ensuite à leur transformation. De ce fait, la plus-value est générée au bénéfice des sociétés et non des producteurs.

 

Ainsi, c’est dans un contexte environnemental, social et commercial défavorable au producteur que le projet de Cœur de Forêt à Antsirabe s’inscrit. Par l’accompagnement des producteurs vers une meilleure formation, structuration, et visibilité sur les marchés, le projet entend les impliquer comme premier acteur dans la préservation de leurs ressources naturelles.

 

 

REFORESTATION

 

L’association locale développe chaque année de nouveaux partenariats, soit avec des collectivités locales (Commune de Vinaninkarena, District de Betafo), des entreprises (STAR, HOLCIM) des groupements de producteurs (CSA, Centre de Service Agricole) ou encore avec d’autres associations (Réseau OSCAPE, Organisation de la Société Civile d’Antsirabe Pour l’Enfance) en parallèle des programmes de reforestation récurrents (avec la DREEF, Direction Régionale des Eaux et Forêts).


La saison de plantation 2018/2019 s’étend du mois de décembre jusqu’à la fin de la saison des pluies, en mars 2019 sur la zone d’Antsirabe. Nous avons atteint 35 000 arbres plantés parmi 13 espèces : Filao (Casuarina equisetifolia), Cyprès du Portugal (Cupressus lusitanica), Phyllarthron madagascariensis, Acacia mangium, Dodonaea madagascariensis, Eucalyptus citronné (Corymbia citriodora), Flamboyant bleu (Jacaranda mimosefolia), Gommier des rivières (Eucalyptus camaldulensis), Eucalyptus commun ou Gommier bleu (Eucalyptus globulus), Margousier ou Neem (Azadiracht indica), Haronga (Harungana madagascariensis), Podocarpus madagascariensis, Stereospermum euphoroides. Parmi ces espèces, 4 sont endémiques de la région d’Antsirabe.


Le partenariat monté avec la DREEF prend cette année un tournant décisif. La plantation d’arbres sur 8 hectares s’est accompagnée de la signature d’une convention déléguant à Cœur de Forêt la responsabilité de la bonne gestion de cette zone pour une période de 10 ans renouvelable. Cette délégation de gestion témoigne de l’expertise développée par l’association et de sa reconnaissance par les entités locales. Après une phase d’enquête (sept-oct) auprès de producteurs avoisinants la zone de reboisement, nous avons pu leur proposer des alternatives quant aux systèmes de cultures, d’irrigation, et fertilisation sur les parcelles avoisinantes en l’échange de leur participation au projet. Le site est divisé en 4 parties : agroforesterie,réintroduction espèces endémiques, arbres à croissance rapide pour bois de chauffe,  école.

 

 

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PLATEFORME

EXPÉRIMENTATION

 

Expérimentations agronomiques

 

Sur la plateforme située à Ibity, nous poursuivons les expériences menées en 2017 avec 7 nouveaux protocoles d’expérimentations sur une surface totale de 4,5 hectares.

Ces protocoles portent pour 3 d’entre eux sur le Géranium, 3 autres sur la Citronnelle, et le dernier sur la macrofaune. L’objectif global est de mesurer à long terme les effets de la reforestation, de l’utilisation d’intrants organiques et de l’association de cultures sur la qualité et le rendement des Plantes Aromatiques et Médicinales, mais aussi sur la vie du sol avec le recensement de la macrofaune afin d’améliorer les modèles agroforestiers qui sont proposés aux producteurs, alliant cultures vivrières et cultures génératrices de revenus.

 

Diagnostic agraire

 

Le diagnostic agraire menée par Guillemette LEFORT depuis le mois mars 2018, a pour objectif de comprendre l’intérêt des producteurs pour les alternatives proposées par

Cœur de Forêt. Cela permettra de mieux identifier comment les modèles agro-forestiers à base de cultures de Plantes Aromatiques et Médicinales sont une réponse pertinente et durable au contexte de crise alimentaire dans la région d’Antsirabe, à Madagascar. Pour mener à bien cette étude, Guillemette a réalisé des réunions groupées avec les chefs foukoutan (chefs de quartiers) puis des interviews ciblées avec 9 producteurs. Différentes typologies de producteurs ont ainsi pu être identifiées, ce qui permet de recenser les cultures menées par typologie ainsi que la répartition du travail agricole au fil des mois dans chaque cas. Le diagnostic touchera à sa fin en mars 2019, après quoi nous pourrons capitaliser les résultats et adapter nos modèles d’interventions auprès des producteurs de la région.

 

 

 

P L A T E F O R M E
E X P É R I M E N T A T I O N

 

Expérimentation efficacité énergétique

 


Afin de diminuer la consommation de bois des unités de distillation d’huiles
essentielles, le partage de connaissances avec l’ONG Initiative Développement,
experte sur l’efficacité énergétique et les unités de distillation à foyer économe se
poursuit. La phase d’étude des foyers auprès de distillateurs locaux est finalisée.
La capitalisation des résultats va permettre d’évaluer l’impact du passage à des

foyers énergétiquement plus économes. La phase d’étude nous a également permis
de recenser les producteurs qui seront opérationnels pour une diffusion des
prototypes de chaudières. Les tests sur l’alambic à feu direct devraient commencer

en début d’année 2019.