Maladie de l’encre du châtaignier : comprendre les causes et les solutions possibles

Une journée de formation organisée par le PETR Grand Quercy et le CNPF du Lot a permis d’aborder les enjeux liés au châtaignier et à son dépérissement croissant. À cette occasion, l’intervention de INRAE, spécialiste de la maladie de l’encre du châtaignier, a apporté un éclairage scientifique sur cette problématique majeure qui touche aujourd’hui de nombreuses forêts françaises.

Pour en savoir plus sur l’institut : INRAE

derrière la maladie de l'encre du châtaignier, un tueur invisible

Qu’est-ce que la maladie de l’encre du châtaignier ?

La maladie de l’encre est provoquée par des micro-organismes pathogènes appelés Phytophthora cinnamomi et Phytophthora cambivora. Originaires d’Asie du Sud-Est, ils ont été introduits en France vers 1860, d’abord au Pays basque.

Les premières atteintes ont concerné les vergers de châtaigniers destinés à la production de fruits, avant une propagation progressive vers les peuplements forestiers. Le châtaignier se révèle particulièrement sensible à cet agent pathogène, entraînant souvent un dépérissement rapide des arbres.

Pourquoi cette maladie est-elle difficile à détecter ?

Le micro-organisme agit principalement au niveau des racines fines du châtaignier. Son développement perturbe fortement l’alimentation en eau ainsi que l’apport en sucres nécessaires à la survie de l’arbre.

Lorsque les racines sont fortement atteintes :

  • l’alimentation hydrique devient insuffisante ;
  • l’arbre s’affaiblit progressivement ;
  • la mortalité peut être rapide.

 

Contrairement aux idées reçues, le symptôme qui a donné son nom à la maladie; un écoulement noir au niveau du collet, est rarement visible. Dans de nombreux cas, l’arbre meurt avant même que ce signe caractéristique n’apparaisse.

L'encre du châtaignier attaque les racines

Humidité, sécheresse et propagation de la maladie

La propagation de l’encre du châtaignier est fortement liée aux conditions climatiques.

En période humide, les spores mobiles appelées « zoospores » se dispersent rapidement dans le sol, contaminant progressivement l’ensemble du peuplement forestier.

À l’inverse, lors de longues périodes de sécheresse, la maladie peut sembler ralentir. Cependant, le châtaignier reste particulièrement sensible au stress hydrique. Cette double pression, maladie et manque d’eau, explique l’importante mortalité observée dans certaines forêts.

Sur certains taillis touchés, les cépées dépérissantes sont progressivement remplacées par des espèces concurrentes comme la ronce ou la fougère.

Comment détecter la présence de phytophthora ?

Pour faciliter le suivi de cette maladie, une application spécifique a été développée :

Cet outil permet notamment :

  • de centraliser les informations liées à la maladie ;
  • de transmettre des observations ;
  • d’effectuer des analyses de terrain.

Il est possible d’envoyer un échantillon de terre fine à un laboratoire afin de confirmer la présence du pathogène.

L'application Vigilencre

Autre méthode, observer les racines des arbres suspects

Une méthode plus simple peut également être utilisée directement sur le terrain :

Observez les jeunes semis de châtaigniers. Si leurs feuilles semblent flétries, déterrez délicatement un plant afin d’examiner ses racines.

La présence de nécroses à l’extrémité des racines fines ou de petits points noirs sur la racine pivot peut indiquer une contamination par Phytophthora.

Existe-t-il des solutions contre l’encre du châtaignier ?

À ce jour, aucune méthode ne permet d’éliminer totalement la maladie.

Plusieurs pistes sont néanmoins étudiées :

1.

Adapter les essences lors du reboisement

Certaines essences semblent mieux résister :

  • le chêne sessile présente une meilleure tolérance ;
  • plusieurs résineux montrent également une résistance intéressante ;
  • certaines espèces de chênes restent toutefois sensibles à différents degrés.

Les connaissances sur les essences les plus résistantes restent encore limitées et font l’objet de recherches complémentaires.

2.

Développer des variétés résistantes

Dans les vergers, des porte-greffes japonais et chinois résistants à la maladie ont déjà été introduits avec des résultats encourageants.

Cependant, ces variétés présentent aujourd’hui une sensibilité à d’autres ravageurs, notamment le cynips du châtaignier. En forêt, la problématique reste donc plus complexe.

Les chercheurs travaillent actuellement sur la création d’hybrides plus résistants. Cette démarche représente toutefois un investissement important et les résultats demeurent encore variables.

3.

Préserver le patrimoine génétique des châtaigniers résistants

Une autre approche consiste à surveiller les taillis infectés afin d’identifier des cépées naturellement résistantes.

Ces individus pourraient représenter un patrimoine génétique précieux pour les futurs programmes de sélection. Les données recueillies peuvent être transmises aux équipes de recherche afin d’améliorer les connaissances sur les mécanismes de résistance du châtaignier.

Face au changement climatique et à la progression des maladies forestières, cette stratégie pourrait jouer un rôle déterminant dans la préservation des châtaigneraies françaises.

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