À Madagascar, certaines plantes sont profondément ancrées dans les savoirs traditionnels. C’est le cas du Mandravasarotra (Cinnamosma fragrans), que les connaisseurs appellent Saro. C’est une espèce endémique réputée pour ses nombreuses propriétés médicinales.
Son nom malgache signifie « celui qui éloigne les difficultés » ou « qui chasse les maux ».
Cette plante est utilisée depuis des générations par les communautés locales. Pourtant, dans certaines régions de Madagascar, cette ressource naturelle se fait de plus en plus rare.
L’usage le plus répandu consiste à préparer une décoction de feuilles. Les feuilles sont bouillies dans l’eau puis consommées ou utilisées dans bain thérapeutique. Les feuilles sont infusées dans une grande quantité d’eau chaude afin de profiter de leurs propriétés aromatiques.
Aujourd’hui, le Mandravasarotra est surtout connu pour son huile essentielle de Saro, obtenue par distillation des feuilles. Cette huile est recherchée pour ses propriétés assainissantes et stimulantes. Elle est souvent utilisée en diffusion, en inhalation ou diluée dans une huile végétale pour des massages.
Le Mandravasarotra ou Saro est habituellement associé aux forêts sèches du nord-ouest de Madagascar et se rencontre principalement à basse altitude. Sa présence naturelle sur les Hauts Plateaux malgaches est donc particulièrement rare.
C’est précisément ce qui rendait sa présence dans la région du Vakinankaratra, autour d’Ambaravaranala, si remarquable.
La perte de cette espèce est d’autant plus préoccupante qu’elle constituait une présence atypique et précieuse dans un environnement où elle n’est normalement pas censée se développer naturellement.
Ici, elle ne représente pas seulement une espèce forestière : cette plante constitue aussi une ressource médicinale importante pour les populations locales.
Dans cette zone particulièrement reculée, l’accès aux soins reste limité. L’hôpital le plus proche se situe à 26km soit 5 a 6heures de route à pied heures de trajet pour certaines familles. Face à cet éloignement, les habitants s’appuient encore largement sur les savoirs traditionnels et les remèdes issus de la forêt.
Ce sont notamment les guérisseuses traditionnelles qui utilisent le Saro pour ses propriétés médicinales reconnues localement : soulagement des douleurs. L’arbre fait ainsi partie d’un système de soins ancré dans les pratiques et les connaissances locales.
Mais aujourd’hui, cette ressource se raréfie. Dina, chef de projet à Ambaravaranala, témoigne : « Avant, il y avait beaucoup de Saro ici. Aujourd’hui, on en trouve beaucoup moins. »
Selon lui, les méthodes de prélèvement de l’écorce fragilise l’espèce. Lorsque l’arbre est trop fortement écorcé, son tronc reste exposé, la circulation de la sève est perturbée et l’arbre meurt.
Cette disparition progressive soulève un enjeu majeur : protéger le Saro, ce n’est pas uniquement préserver une espèce végétale. C’est aussi préserver des savoirs médicinaux traditionnels, des pratiques de soin locales et une ressource pour des communautés vivant loin des infrastructures de santé.
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