Face aux incendies, la prévention commence bien avant les flammes : ce que la Bolivie nous apprend

Chaque été, les images d’incendies de forêt reviennent en France. Des milliers d’hectares partent en fumée, des habitants sont évacués, des pompiers se mobilisent sans relâche et des écosystèmes mettent parfois des décennies à se reconstruire.

Si les contextes diffèrent d’un pays à l’autre, une réalité demeure : un incendie ne se combat pas uniquement lorsqu’il se déclare. Il se prévient bien avant.

En Bolivie, où Cœur de Forêt accompagne les communautés locales dans la restauration des écosystèmes, cette conviction guide depuis plusieurs années les actions menées sur le terrain. En juin dernier, un atelier de prévention des incendies a ainsi réuni habitants, pompiers volontaires et équipe locale dans la communauté de Perolani, au cœur des Yungas.

« Les habitants pratiquent souvent le brûlis (chaqueo) pour préparer leurs parcelles agricoles, mais ils ne parviennent pas toujours à maîtriser le feu. Après-midi, avec la chaleur et le vent, les flammes deviennent incontrôlables et progressent rapidement. »  Ramiro Condori, dirigeant communautaire de Perolani

Une expérience qui rappelle une évidence : face à des feux de plus en plus fréquents sous l’effet du changement climatique, la sensibilisation des populations est l’un de nos meilleurs outils.

Diego sur forêt en feu
Pompier font un atelier

De la Bolivie à la France : un défi commun face aux incendies

La Bolivie est aujourd’hui l’un des pays les plus touchés par la déforestation. Selon Global Forest Watch, le pays a perdu près de 740 000 hectares de forêt naturelle en 2025, après une année 2024 marquée par des incendies historiques ayant ravagé entre 10 et 12 millions d’hectares.

Contrairement aux idées reçues, ces feux sont rarement d’origine naturelle. La majorité sont provoqués par des activités humaines : brûlis agricoles, extension des pâturages et des terres cultivées, principalement pour l’élevage et l’agriculture extensive. Lorsque ces pratiques rencontrent des épisodes de sécheresse plus longs, des températures élevées et des vents favorables, les incendies deviennent rapidement incontrôlables.

Cette réalité fait écho à celle de la France. Environ 90 % des départs de feu y sont également d’origine humaine. La seule cause naturelle significative est la foudre, qui reste minoritaire et concerne principalement les zones de montagne ou de forêts denses. La plupart des incendies sont liés à des imprudences ou à des accidents (travaux agricoles ou forestiers, brûlis mal maîtrisés, étincelles provoquées par des engins, mégots de cigarette, barbecues, feux de camp ou encore défaillances d’infrastructures électriques). Une autre part importante est due à des actes volontaires de malveillance. Dans les deux pays, si le changement climatique favorise la propagation des flammes, l’activité humaine reste bien le principal facteur déclencheur. Cela rappelle que la prévention et la sensibilisation des populations constituent un levier essentiel pour réduire le risque d’incendie.

Plutôt prévenir QUE SUBIR

Le 13 juin 2026, vingt-sept habitants de Perolani, accompagnés de pompiers volontaires du Grupo Operativo de Voluntarios (GOV), se sont réunis pour une journée entièrement consacrée à la prévention des incendies.

L’objectif n’était pas simplement d’expliquer comment éteindre un feu.

Il s’agissait avant tout de comprendre pourquoi un incendie démarre, comment éviter qu’il ne se propage et comment organiser collectivement la réponse lorsqu’un départ de feu survient.

Pour Ramiro Condori, cette formation répond à un besoin concret des communautés :

« Il serait très bénéfique que d’autres communautés puissent également bénéficier de ce type de formation afin de prévenir les incendies. »

La journée alternait théorie et pratique. Les participants ont découvert les principales causes des incendies, les protocoles de sécurité, la réglementation environnementale et les bonnes pratiques à adopter lors des brûlis agricoles.

Sur le terrain, ils ont ensuite réalisé un exercice grandeur nature : création d’une ligne coupe-feu de plusieurs mètres de largeur, apprentissage de l’utilisation d’extincteurs, extinction manuelle des flammes à l’aide de branches et surveillance du foyer jusqu’à son extinction complète.

Au total, l’atelier a rassemblé des habitants de Perolani, des représentants d’autres communautés, trois pompiers volontaires et l’équipe de Cœur de Forêt Bolivie.

résumé de ce qui été fait
Un pompier, une cholitas et un membre de coeur de foret bolivie durant l'atelier

La prévention est une affaire collective

Au fil des échanges, un message est revenu constamment : la lutte contre les incendies repose d’abord sur l’organisation des communautés.

Les pompiers ont insisté sur un point souvent sous-estimé : lorsqu’un agriculteur prévoit un brûlage dirigé, il est indispensable que toute la communauté en soit informée. Une bonne communication permet d’anticiper les risques, de mobiliser rapidement des renforts si nécessaire et d’éviter qu’un feu ne dégénère.

Autre enseignement important : intervenir n’est pas toujours la meilleure décision.

Les formateurs ont rappelé que certaines situations présentent un niveau de danger tel qu’il est préférable de laisser intervenir des équipes formées plutôt que de mettre des vies en danger. Préserver les personnes reste toujours la priorité.

Un incendie de forêt peut durer plusieurs heures, parfois plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Cela nécessite des rotations entre les intervenants, une bonne gestion du matériel et une surveillance continue afin d’éviter toute reprise.

Des savoir-faire dont nous pouvons nous inspirer en France

En Amérique latine, de nombreuses communautés rurales et peuples autochtones utilisent le feu depuis des générations pour gérer certains paysages. Loin de promouvoir les incendies, ces pratiques reposent sur des connaissances précises des saisons, de la météo, des vents et des écosystèmes.

Dans plusieurs pays, cette expertise locale est aujourd’hui intégrée aux politiques de prévention à travers des brigades communautaires, des calendriers de brûlage négociés collectivement et des systèmes d’alerte locaux connectés aux dispositifs nationaux.

Ces expériences montrent qu’une gestion efficace des incendies ne repose pas uniquement sur les moyens d’intervention, mais aussi sur l’implication des habitants.

Apprendre dans les deux sens

Les incendies qui frappent aujourd’hui la France rappellent que le risque évolue rapidement sous l’effet du changement climatique. Les périodes de sécheresse s’allongent, les épisodes de chaleur deviennent plus intenses et les forêts sont davantage exposées.

Dans ce contexte, les échanges entre territoires prennent tout leur sens.

Les solutions ne viennent pas toujours des pays disposant des plus grands moyens. Elles émergent aussi des territoires qui, depuis des années, vivent avec le feu et développent des réponses collectives adaptées à leur réalité.

Former les habitants, partager les responsabilités, apprendre à prévenir avant d’intervenir : autant d’approches qui résonnent aujourd’hui bien au-delà des montagnes boliviennes.

Chez Cœur de Forêt, nous sommes convaincus que la protection des forêts passe autant par la restauration des écosystèmes que par le renforcement des connaissances des populations qui en vivent. Car la meilleure façon de lutter contre un incendie reste encore d’éviter qu’il ne se déclare.