Avec sa petite calotte rouge, son plumage noir et blanc et son allure discrète, le Pic mar passe facilement inaperçu dans nos forêts.
Pourtant, ce petit oiseau est intimement lié à la vie des vieux peuplements forestiers. Il vit entre les arbres matures, gros chênes, bois mort et cavités.
Le Pic mar porte le nom scientifique Dendrocopos medius. Dendro vient du grec dendron qui veut dire arbre, et copos renvoie à l’idée de frapper ou de couper. Cela fait sens non ? Le medius, qui signifie intermédiaire en latin fait référence à sa taille entre celle du Pic épeichette et du Pic épeiche.
Nous avons d’ailleurs choisi de vous faire découvrir 3 particularités qui rendent le Pic mar étonnant, en nous appuyant sur les observations et les données recueillies lors d’une étude menée dans les forêts du Lot par Frantz Veillé, technicien de Cœur de Forêt.
Le Pic mar est un oiseau cavernicole : pour se reproduire, il installe son nid dans une cavité d’arbre.
Avec son bec, il creuse lui-même son logement. Il trouve un endroit pour accueillir sa nichée dans le tronc ou dans de grosses branches des arbres. Les arbres vieillissants et les parties de bois fragilisées lui sont de précieux refuges.
Mais pour lui, tous les arbres ne se valent pas. Le Pic mar apprécie particulièrement les forêts de feuillus, avec une nette préférence pour les chênaies. (Une forêt de feuillus est une forêt composée majoritairement d’arbres à feuilles larges. Parmi elles, les chênaies sont des forêts où les chênes occupent une place dominante)
D’après les données recueillies lors de notre étude dans le Lot, le Pic mar est particulièrement associé aux peuplements riches en gros bois de chêne et en différents micro-habitats forestiers. Pour nicher régulièrement, il lui faut notamment une quantité importante de gros arbres : l’étude indique un minimum de 20 gros arbres par hectare, avec un habitat optimal au-delà de 40 gros arbres par hectare.
Pour le Pic mar, un vieil arbre est bien plus qu’un arbre : c’est une maison.
Lorsqu’un pic creuse une cavité dans un arbre, il ne sait pas encore qu’il est peut-être en train de préparer le logement de quelqu’un d’autre. Car les pics sont considérés comme des cavernicoles primaires : ils creusent eux-mêmes leurs cavités pour nicher. Une fois ces cavités abandonnées, elles peuvent être utilisées par d’autres espèces, appelées cavernicoles secondaires, comme certaines mésanges, le Grimpereau, la Sittelle torchepot ou encore le Gobemouche gris. Le Pic mar participe à sa manière, à créer des refuges pour toute une communauté d’oiseaux. Ils sont sympas ces pics.
Ce rôle est particulièrement important dans les forêts où les arbres à cavités sont nombreux.
Dans notre étude du Lot, les arbres à cavités et le bois mort faisaient partie des éléments étudiés pour évaluer la biodiversité des peuplements forestiers. L’étude souligne également que l’activité excavatrice des pics contribue au maintien et au développement des populations de cavernicoles secondaires. Si vous souhaitez en savoir plus sur le bois mort, lire notre article dédié.
Le terme peut sembler étrange. Pourtant, il décrit bien le rôle du Pic mar. Une espèce parapluie est une espèce dont la protection contribue indirectement à préserver de nombreuses autres espèces qui partagent son habitat. Et le Pic mar en fait partie.
D’après notre étude menée dans les forêts du Lot, sa présence est fortement associée aux peuplements matures et riches en gros chênes. Il recherche notamment des forêts présentant des dendrohabitats* variés, comme les vieux arbres, les cavités et le bois mort. (Un dendrohabitat est une partie ou une particularité d’un arbre qui peut servir d’habitat à des espèces.)
Dans notre étude, le Pic mar est une espèce « parapluie » des forêts de l’ouest du Lot : sa présence témoigne de la qualité et du bon état de conservation des écosystèmes forestiers qu’il fréquente. Autrement dit, prendre soin de l’habitat du Pic mar, c’est préserver tout un ensemble de conditions favorables à d’autres espèces forestières.
Derrière sa petite calotte rouge se cache un oiseau lié aux arbres matures et à la diversité des habitats forestiers. Et c’est peut-être là que le Pic mar est le plus intéressant : il ne nous parle pas seulement d’un oiseau, mais de toute la forêt qui l’abrite.
Chez Cœur de Forêt, nous appuyons aussi sur la recherche scientifique. L’études menée sur l’Avifaune, notamment sur le Pic mar nous rappellent une chose essentielle : préserver une forêt, ce n’est pas seulement protéger ses arbres. C’est aussi préserver les cavités, le bois mort, les vieux chênes et tous les habitats qui permettent à la biodiversité de s’épanouir.