Et si planter moins d’arbres, c’était mieux gérer les forêts ?

On considère souvent la forêt comme un écosystème figé, simple à restaurer en plantant quelques arbres. Pourtant, sur une parcelle forestière située près de Villefranche-de-Rouergue, en Aveyron, une tout autre réalité apparaît. Depuis deux ans, une propriétaire forestière, accompagnée par Cœur de Forêt, s’engage dans une démarche de gestion à la fois respectueuse et résiliente. Ainsi, elle fait le choix de s’éloigner de la logique de la replantation systématique pour privilégier une approche fondée sur l’observation, le temps long et le fonctionnement naturel de la forêt.

Un héritage sylvicole en question

Âgée d’une cinquantaine d’années, cette parcelle, typique des plantations des années 1970, repose sur un modèle en interbandes. Concrètement, des bandes de Douglas — une essence résineuse à forte valeur marchande, alternent avec des bandes maintenues en feuillus. À l’époque, ce choix visait à concilier production forestière et fonctionnement naturel. Ainsi, le plan de gestion cherchait déjà à introduire une certaine diversité, en combinant essences productives et essences locales.

Aujourd’hui, le modèle montre ses limites

Avec le réchauffement climatique, les conditions locales ont changé : l’altitude (300 m) est trop basse et les étés sont devenus plus chauds et plus secs.
Résultat : le Douglas dépérit, sa présence n’a désormais plus d’avenir sur cette parcelle

 

Couper ou accompagner : deux visions de la forêt

Face à ce constat, la tentation pourrait être de couper à blanc et de replanter un résineux plus adapté aux nouvelles conditions climatiques. Cette coupe rase provoquerait une

Dans cette forêt, deux zones ont été traitées différemment :

  • Une coupe rase dont nous ne sommes pas à l’initiative. Et sur cette zone, la propriétaire a replanté 1250 tiges par hectare.

  • La zone gérée en irrégulier, par notre association, où « seulement » 84 tiges par hectares, en 12 zones que l’on appelle des points d’appuis, ont été introduites… mais le couvert forestier est préservé. En fonction de la dynamique naturelle, nous laissons la possibilité d’envisager d’autres plantations par points d’appuis au fil du temps.

Cette seconde approche s’inscrit dans une dynamique plus proche de l’écosystème : on retire les arbres dépérissant (ici les Douglas) et on observe. On laisse le temps au temps. On accompagne la plantation par point d’appuis. Cette technique permet d’introduire des essences peu ou pas présentes sur place. Elle permet de diversifier la composition de la forêt et d’introduire quelques essences qui résisteront mieux aux étés secs et chauds. Nous accompagnons aussi la régénération naturelle, en protégeant les jeunes pousses spontanées, et en favorisant l’apparition d’un sous-étage.

Un modèle plus lent… mais plus vivant

Cette expérience nous enseigne avant tout qu’une forêt n’est pas une simple usine à bois. Elle forme un écosystème vivant, complexe et profondément interconnecté. Or, la logique réductrice du « je plante, donc je sauve la planète » montre vite ses limites lorsqu’elle s’inscrit dans un modèle d’exploitation à court terme : planter, exploiter, puis replanter. Un tel cycle néglige trop souvent des éléments essentiels, comme le rôle du sol, la diversité des essences ou encore l’équilibre entre les générations d’arbres.

Ainsi, planter un arbre après une coupe rase ne signifie pas nécessairement « reconstituer une forêt ». Une forêt, c’est aussi une ambiance, un microclimat, et un réseau de relations invisibles entre les espèces, les champignons, les racines et la faune. Ces équilibres subtils, donc la plantation en plein, mettra des décennies à se recréer. Lorsqu’elle y parvient.

Parfois la coupe rase devient inévitable

Chez Cœur de Forêt, nous privilégions toujours des pratiques forestières qui préservent l’écosystème. Pourtant, il arrive que la coupe rase soit utile. Deux grandes situations peuvent amener à mettre en œuvre cette pratique :

Des problèmes sanitaires graves

Ils sont généralement dus à des peuplements monospécifiques, qui sont plus vulnérables aux perturbations induites par le changement climatique ou la présence de ravageurs. En Dordogne, par exemple, certaines plantations de pin laricio (Pinus nigra var. calabrica) âgées d’une trentaine d’années, dépérissent massivement à cause de la maladie dite de la bande rouge. Le frêne connaît le même sort : la chalarose décime des peuplements entiers. Les taillis de châtaigniers, quant à eux, subissent un dépérissement lié à la fois aux maladies et au réchauffement climatique, l’espèce devenant de moins en moins adaptée aux nouvelles conditions. Dans ces cas, la coupe rase est parfois une option pertinente pour gérer le problème et repartir sur des bases plus saines…

Des catastrophes naturelles ou des peuplements en fin de cycle

Les tempêtes, comme celle de 1999, peuvent provoquer d’importants chablis (arbres tombés ou cassés) qui empêchent la réalisation de travaux d’entretien.

Autre cas : Les forêts très âgées, issues d’un traitement régulier qui arrivent en phase de sénescence. Tous les arbres deviennent vieux en même temps, et peuvent être récoltés. Dans ces cas où des coupes rases peuvent être mise en œuvre, l’objectif sera d’éviter une coupe brutale sur une surface d’un seul tenant trop importante : on cherche alors à étaler les interventions sur plusieurs années, par exemple 10 ans, à favoriser la régénération naturelle et à limiter au maximum la perte du couvert forestier.

Dans tous ces exemples, les coupes rases ne sont pas un choix par confort, mais la conséquence de pratiques passées (plantations monospécifiques, traitements uniformes) qui rendent la forêt plus vulnérable.

Vers un changement de regard

Aujourd’hui, nous devons changer notre manière de penser la forêt. La bonne gestion ne se limite pas à planter : elle consiste à observer, comprendre, anticiper, et agir avec précaution. Cela commence par un diagnostic, une meilleure connaissance des sols, des essences présentes, et de leur potentiel de régénération. Une « perturbation positive », légère, pensée, peut suffire à relancer un cycle forestier. Encore faut-il accepter de ralentir, d’attendre et de faire confiance au vivant

Financer une forêt, ce n’est pas financer des arbres

Si l’objectif est de préserver durablement les forêts et les écosystèmes, alors il faut revoir nos indicateurs de réussite. Comme celle du nombre d’arbres plantés.

Dans certaines situations, planter moins, mais mieux, préserver l’existant, encourager la résilience naturelle, s’avère bien plus efficace que de replanter à grande échelle.

Chez Cœur de Forêt, nous repensons petit à petit notre modèle de financement, afin de préserver au mieux les forêts françaises. Nous soutenir, c’est soutenir une gestion forestière fondée sur les écosystèmes.

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