Restaurer la biodiversité dans les Cévennes Quercy : exemple d’un chantier-école

Sur la propriété de M. Robertson, au cœur des Cévennes du Quercy, l’attente du propriétaire est de maintenir une mosaïque des milieux présents : cet équilibre entre biodiversité d’un côté à l’échelle de la propriété et de l’autre, de la naturalité avec la future forêt. Entre diagnostic, plantations, génie écologique et chantiers-écoles, le site devient un véritable laboratoire à ciel ouvert. Comment ce mélange de naturalité, d’écologie active et d’implication des élèves peut-il devenir un modèle qui peut inspirer d’autres propriétaires forestiers ? 

Photo montrant un paysage naturaliste et de biodiversité

Naturalité ou biodiversité : trouver le bon équilibre

Entre naturalité et biodiversité, les décisions ne sont pas toujours simples. Lorsqu’on laisse les processus naturels évoluer librement, la forêt reprend naturellement ses droits : c’est la naturalité. Elle abrite souvent une biodiversité remarquable, mais très spécifique. À l’inverse, un environnement avec une mosaïque de milieux ouverts et forestiers permet d’avoir un plus grand nombre d’espèces floristiques et faunistiques et donc, une grande biodiversité.   

Dans les conseils de gestion apportés par Cœur de Forêt, le maintien de la mosaïque des milieux est privilégié avec des conseils adaptés à chacun. C’est dans cette optique que M. Robertson a choisi de maintenir cette mixité de milieux, en lançant plusieurs travaux en fin d’année. 

Un diagnostic révélateur d’un patrimoine écologique riche

Sollicitée en 2024, l’association a d’abord réalisé un diagnostic forestier complet. La propriété, ancien moulin, combine un parc arboré, un verger, des haies de grands arbres, une ripisylve le long de la rivière et un jeune boisement. 

Le paysage est typique de ces petites vallées des Cévennes du Quercy, très bocagères dans les fonds avec des versants pentus très forestiers. Le terrain de M. Robertson met en avant la richesse écologique du site entre : la future forêt qui est en phase de plantation, les haies d’arbres de haut jet, les zones de prairie (plus ou moins humides) et les gros arbres du parc. On note une grande diversité d’arbres et d’arbustes, avec une flore herbacée hygrophile (espèce qui vit en milieu humide) remarquable.   

Cette variété de contextes offre un terrain idéal pour laisser la biodiversité s’exprimer pleinement et pour envisager un retour partiel vers la naturalité. 

M. Robertson propriétaire forestier et Frantz Veillé coordinateur technique Coeur de Forêt
M. Robertson propriétaire forestier et Frantz Veillé coordinateur technique de Coeur de Forêt

Un boisement jeune mais hétérogène

Le diagnostic a porté une attention particulière au jeune boisement. Anciennement une peupleraie, ce sont plus d’une douzaine d’espèces arbres feuillus qui ont été plantés à la place. Douze ans après, la plantation est globalement dans une bonne dynamique mais présente une certaine hétérogénéité dans sa structure avec des îlots de mêmes essencesCertains arbres n’étant pas adaptés aux conditions du milieu, sont morts et laissent place à de la régénération naturelle ou à de la ronce. Cette dynamique forestière est renforcée par la diversité des espèces plantées en formant des petits ilots de chênes pubescents, saules et aulnes glutineux. Malheureusement, dans le cas de la régénération du frêne, les jeunes arbres sont fortement impactés par la maladie de la chalarose (champignon) et dépérissent très rapidement malgré leur abondance. 

Nos actions de biodiversité : planter mieux

Une des premières actions : replanter / regarnir de manière réfléchie en mettant des essences adaptées aux conditions abiotiques du milieux.  

Sur 5 hectares, 235 plants de 8 essences différentes seront installés cet hiver, en tenant compte précisément des caractéristiques du milieu. Comme l’Aulne glutineux dans les zones les plus humides et le long des fossés ou le merisier sur les secteurs bien drainés

Frêne dépérissant
Frêne dépérissant
plante à tendance envahissante, la Corroyère
La Corroyère, une plante à tendance envahissante

Maintenir les milieux ouverts pour préserver la biodiversité

Notre deuxième action est de maintenir la biodiversité au sein de la plantation.  Nous conservons des petites zones ouvertes prairiales pour la flore, l’avifaune et l’entomofaune.  

Face à leur embroussaillement, il est préconisé de réaliser une fauche avec l’exportation de la matière.  Ainsi que l’arrachage d’une plante à tendance envahissante, la Corroyère.  

Au préalable, un inventaire floristique a été réalisé avec Caroline Farvacques, botaniste, afin d’évaluer l’impact de la gestion. Ce premier relevé met en évidence une végétation herbacée avec peu d’espèces encore très rudérale. Elle traduit une ancienne gestion très agricole et très perturbatrice pour le sol. L’objectif est de laisser évoluer cette flore vers davantage de diversité. 

Un chantier écologique avec le Lycée du Montat

Pour mener ces travaux, le choix s’est porté sur les élèves du Lycée Agricole du Montat (Cahors).  Après une première collaboration réussie pour ouvrir un petit sentier botanique, l’expérience a été renouvelée.  

Accompagnés par Yves, 21 élèves et leurs 3 encadrants ont passé une journée à faucher, débroussailler et exporter les produits de coupe. Ils ont également éliminé quelques rejets de peupliers issus de l’ancienne peupleraie. 
L’arrachage mécanique de la Corroyère a été réalisé en amont par le propriétaire. 
Au total, 2 000 m² de milieux ouverts ont été restaurés, alliant formation des élèves et gestion de milieu naturel. 

Chantier de débroussaillage avec les lycéens
Les lycéen débroussaillent

Perspectives et suivis à venir

Au printemps prochain, l’association suivra le taux de reprise et la croissance des jeunes plants et  réalisera un relevé floristique évaluer la zone fauchée.  Cœur de Forêt continuera d’accompagner M. Robertson. Nous envisageons même une animation sur site pour partager cette expérience avec d’autres propriétaires.  

Dans la même esprit, d’autres travaux de génie-écologiques sont prévus avec le Lycée du Montat.  Le prochain chantier sera de restaurer des pelouses calcicoles. L’objectif est de limiter la colonisation forestière pour maintenir en état les populations d’orchidées. 

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