Comment avoir une approche forestière homogène à l’échelle du massif quand les forêts appartiennent à plusieurs propriétaires, aux attentes parfois différentes ? Dans de nombreux territoires français, cette question est devenue centrale. C’est précisément l’un des constats posés de notre manifeste « Une forêt fragmentée, un lien à reconstruire au niveau des territoires »
La fréquentation des forêts augmente, les attentes citoyennes évoluent et les pratiques forestières sont de plus en plus questionnées. Dans le même temps, la gouvernance forestière reste morcelée et l’animation locale s’est affaiblie. Résultat : incompréhensions, tensions et perte de confiance.
Face à ce constat, nous renforçons l’animation territoriale pour recréer du lien entre citoyens, élus et acteurs de la filière, et construire des projets forestiers visibles, concertés et ancrés localement.
Dans le Lot, des propriétaires situés sur la commune de Bélaye en offre aujourd’hui un exemple concret.
Dans le département du Lot, la forêt a connu une expansion spectaculaire au cours du dernier siècle. Elle couvrait à peine 8 % du territoire en 1900. Aujourd’hui, elle dépasse 50 %.
Cette progression est largement liée à la déprise agricole : des terres autrefois cultivées ont progressivement été abandonnées et recolonisées par les arbres.
Cette évolution a créé une situation particulière : une forêt souvent morcelée, peu entretenue et sans véritable cadre de gestion. Contrairement à certaines régions forestières historiques de l’Est de la France ou des massifs de montagne, le Lot ne dispose pas d’une tradition sylvicole structurée ni d’une filière bois bien organisée…
C’est là que nous jouons un rôle pour structurer une dynamique locale autour d’une gestion forestière durable qui intègre pleinement les autres écosystèmes connexes.
À Bélaye, le travail a commencé en 2021 par un diagnostic forestier. Mais fédérer les acteurs a pris du temps : quatre années ont été nécessaires pour construire une vision partagée.
Aujourd’hui, le projet concerne :
Mais derrière ces chiffres se cache surtout un travail humain. Car chaque propriétaire avait sa propre vision de la forêt. Certains souhaitent produire un peu de bois pour l’autoconsommation, d’autres veulent avant tout préserver la biodiversité ou transmettre un patrimoine naturel à leurs enfants. D’autres encore s’intéressent à la gestion du risque incendie, à l’accueil de ruches ou au maintien du paysage.
Plutôt que d’imposer un modèle unique, l’enjeu a été de construire une gestion capable d’intégrer ces attentes différentes. Le projet a donc consisté à isoler les parcelles forestières méritant une intervention et celles ne nécessitant pas d’intervention (peuplements jeunes).
Il a également été identifié des milieux ouverts qui sont importants au milieu de ce massif, pour maintenir des zones de biodiversité différentes de la forêt. Ces prairies et lisières mériteraient d’être maintenues ou réouvertes par des interventions de génie écologique (sylvopastoralisme, fauche exportatrice, réouverture, …).
Lorsque plusieurs propriétaires gèrent leurs parcelles séparément, l’organisation devient vite complexe.
Imaginez ces six propriétaires possédants chacun plusieurs peuplements différents. Cela signifie potentiellement des dizaines de travaux forestiers distincts, programmés à des moments différents, avec des coûts plus élevés ou parfois même l’impossibilité de trouver des acteurs économiques intéressés.
En travaillant collectivement, il devient possible de regrouper les interventions, de mutualiser les machines et de planifier les travaux de manière cohérente à l’échelle du massif.
Ce travail collectif permet également de réfléchir peuplement par peuplement, pour éviter de multiplier les interventions et préserver l’équilibre de la forêt.
L’exemple de Bélaye montre qu’une autre gestion forestière, plus collective, est possible.
Mais pour que ces initiatives se multiplient, il est nécessaire de reconstruire un véritable projet forestier de territoire en France. C’est précisément l’objectif du manifeste porté par Cœur de Forêt.
Vous partagez cette vision d’une forêt plus résiliente, mieux gérée et reconnectée aux territoires ? Signez le manifeste et soutenez la transformation de la gestion forestière.