Après un incendie de forêt : 3 erreurs à ne surtout pas commettre

En France, les incendies de forêt gagnent en intensité et en fréquence. En 2022, plus de 70 000 hectares de forêts et de végétation sont partis en fumée, un record historique. Depuis, les grands feux se multiplient et les surfaces brûlées restent bien supérieures aux moyennes observées ces dernières décennies, signe que les forêts ont de moins en moins de temps pour retrouver leur équilibre entre deux incendies.

Les images des incendies qui ont touché la France ces dernières semaines donnent souvent envie d’agir vite. Replanter des arbres, nettoyer les parcelles, « remettre la forêt en état »… Ces réflexes partent d’une bonne intention, mais ils peuvent parfois ralentir la reconstruction naturelle des écosystèmes.

Car une forêt brûlée n’est pas forcément une forêt morte. Depuis des millions d’années, de nombreux écosystèmes forestiers ont développé des stratégies pour se reconstruire après le passage du feu.

Cet article vous propose trois erreurs à éviter pour laisser une forêt retrouver toutes ses capacités de résilience.

1. Ne pas replanter immédiatement

Après un incendie, la première réaction est souvent de vouloir planter de nouveaux arbres. Pourtant, dans de nombreux cas, la forêt est capable de se régénérer seule.

Avant toute plantation, il est indispensable d’observer le terrain. Certains arbres ont survécu malgré les flammes, des graines sont encore présentes dans le sol et des milliers de jeunes pousses peuvent apparaître naturellement au cours des mois suivants.

Certaines espèces possèdent même de véritables super-pouvoirs :

Les pins maritimes, les pins d’Alep ou encore les pins parasols, par exemple conservent leurs graines dans des cônes fermés par une résine. La chaleur de l’incendie fait fondre cette résine et libère les graines exactement au moment où le sol est débarrassé de la végétation concurrente et enrichi par les cendres.

Les chênes, eux, utilisent une autre stratégie : leur souche reste vivante sous terre et produit rapidement de nouveaux rejets. Même lorsqu’un tronc semble entièrement brûlé, l’arbre peut repartir quelques semaines plus tard.

Intervenir trop tôt risque donc de détruire cette régénération naturelle, souvent mieux adaptée que des arbres plantés. C’est aussi le moment d’analyser les causes de l’incendie, l’évolution du climat local et les essences qui seront capables de résister aux sécheresses futures.

Les retours d’expérience sont éloquents. Après les grands incendies des Bouches-du-Rhône dans les années 1980, plusieurs suivis forestiers ont montré que, quarante ans plus tard, les peuplements issus de la régénération naturelle étaient souvent plus développés que ceux replantés immédiatement après le feu.*

* source : https://www.tf1info.fr/environnement-ecologie/cela-ne-sert-a-rien-de-planter-un-an-apres-le-feu-comment-gerer-la-nature-apres-les-incendies-2229156.html

2. Ne pas laisser le sol complètement nu

Quand on pense à une forêt, on regarde les arbres. Pourtant, son véritable trésor se trouve sous nos pieds : le sol.

Imaginez que vous versiez un même verre d’eau sur deux terrains différents. Sur un sol vivant couvert de végétation, l’eau disparaît rapidement. Sur un sol desséché et nu, elle ruisselle avant d’emporter la terre avec elle.

C’est exactement ce qui se produit après un incendie.

Lorsque toute la végétation est retirée, les premières pluies peuvent provoquer une érosion très importante. A contrario, les arbres encore debout, les souches, les racines et une partie du bois mort ralentissent l’eau, favorisent son infiltration et limitent les pertes de terre.

La première année est particulièrement critique. Les études réalisées dans les forêts méditerranéennes françaises montrent que les sols deviennent jusqu’à dix fois plus sensibles à l’érosion après un incendie. Les pertes atteignent en moyenne 2,7 tonnes de terre par hectare, mais peuvent dépasser 100 tonnes par hectare, voire 150 tonnes lors d’épisodes pluvieux importants.

Cette terre fertile met ensuite parfois plusieurs siècles à se reconstituer.

Préserver autant que possible une couverture du sol permet aux graines de germer, aux jeunes arbres de s’installer et à la forêt de retrouver progressivement son équilibre.

nature après incendie

3. Ne pas vouloir tout nettoyer

Une forêt brûlée peut donner l’impression d’être « sale » ou « morte ». Pourtant, enlever systématiquement tous les arbres brûlés est rarement la meilleure solution.

Les troncs morts continuent de jouer un rôle essentiel. Ils offrent des refuges à de nombreux insectes, oiseaux, chauves-souris et champignons, stockent progressivement de la matière organique et participent à la reconstruction des sols.

En revanche, le passage d’engins lourds pour retirer tous les arbres peut compacter les sols, accélérer leur érosion et détruire les jeunes pousses déjà présentes.

Les spécialistes parlent de coupe de récupération. Si elle peut parfois être nécessaire pour sécuriser des routes, des habitations ou récupérer une partie de la valeur économique du bois, elle doit rester ciblée et tenir compte des enjeux écologiques.

Après l’incendie de juillet 2022 à La Teste-de-Buch, l’ONF a opté pour une gestion différenciée et non systématique des arbres brûlés en forêt domaniale de La Teste-de-Buch, en laissant volontairement de nombreux troncs calcinés sur place. Ils ont procédé à un abattage sanitaire si nécessaire. Les équipes ont procédé arbre par arbre, en sauvant les survivants du feu et des scolytes, et en abattant uniquement les peuplements trop fragilisés qui risquaient de propager des insectes ravageurs.

UNE FORÊT BRULÉE
N'EST PAS UNE FORÊT PERDUE

Comme dirait Mencius « Ceux qui s’avancent trop précipitamment reculeront encore plus vite. » Et face à un incendie, l’urgence n’est pas toujours d’agir vite, mais d’agir juste.

Observer avant de planter, protéger les sols et conserver une partie des arbres morts permettent souvent à la nature de mobiliser ses propres mécanismes de résilience.

La restauration d’une forêt ne se mesure pas en quelques mois. Elle s’inscrit sur plusieurs décennies. Et, bien souvent, nous devons nous ajuster au rythme de la nature et être… patient.

Cœur de Forêt s’inscrit dans ce temps long en accompagnant les propriétaires forestiers à la bonne compréhension de leur forêt. En soutenant notre association vous prônez vous aussi la sylviculture mélangée à couvert continue pour des forêts plus résilientes et résistantes aux feux.

Parrainez des arbres

Parrainez des abeilles

Achetez de la vanille