COP30 : entre avancées et rendez-vous manqué, le regard de Cœur de Forêt

COP30, entre avancées et rendez-vous manqué

Alors que la COP30 s’est tenue au cœur de l’Amazonie, Cœur de Forêt souhaite partager son analyse sur les avancées obtenues, les frustrations exprimées et les attentes fortes qui restent en suspens.  Présents en Amazonie pour la COP30, aux côtés de la Fondation Yves Rocher, nous avons suivi de près les discussions liées à la protection des forêts et plus largement de l’environnement.

Entre avancées encourageantes, déceptions et attentes immenses, cette COP au cœur du poumon vert de la planète nous laisse un sentiment contrasté. Si certaines décisions vont dans le bon sens, l’événement laisse un goût d’inachevé face à l’urgence climatique et à la situation critique des forêts mondiales.

Déforestation et COP30, peu d'avancées

Déforestation : peu d’avancées et un mécanisme isolé de l’ONU

Les écosystèmes forestiers sont à la croisée de la crise climatique et de l’effondrement de la biodiversité, et ce moment historique aurait dû aboutir à un plan d’action et un calendrier clair pour mettre fin à la déforestation d’ici 2030. La déclaration finale ne mentionne aucunement les moteurs de la déforestation, ni la nécessaire transition des systèmes alimentaires.

Alors que la COP30 se déroulait aux portes de l’Amazonie, on pouvait s’attendre à une forte mobilisation pour mettre fin à la déforestation.
Pourtant, aucune feuille de route commune n’a été adoptée, malgré une initiative soutenue par près de 90 pays. Les engagements restent volontaires, sans obligations ni calendrier.

Seul fait marquant : le lancement par le Brésil du Tropical Forests Forever Facility (TFFF), un fonds visant à rémunérer les pays qui préservent leurs forêts tropicales intactes.

Le point de vue de Cœur de Forêt :

Notre point de vue sur les décisions autour de la déforestation COP30

C’était sans doute la première COP où les forêts étaient véritablement au centre du débat, ce qui est une avancée majeure. Nous regrettons que les pays n’aient pas réussi à s’accorder sur des feuilles de route pour mettre fin à la déforestation dans les textes officiels.

Le TFFF est une innovation intéressante, car il valorise la forêt vivante, et pas seulement la réduction d’émissions.
Mais il est attristant que les pays du Nord et les instances de l’ONU se tiennent pour l’instant en dehors de ce mécanisme.
Nos pays sont pourtant directement concernés : par la déforestation importée (soja, bœuf, huile de palme, cacao…), par les impacts climatiques globaux liés à la disparition des forêts tropicales, sans oublier la dépendance de nos économies à des services écosystémiques mondiaux (pluies tropicales, cycles de l’eau, stockage du carbone…).

Ne pas participer à un mécanisme de préservation, c’est nier une évidence : La santé des forêts tropicales conditionne aussi l’avenir des pays du Nord.

Nous appelons donc à une participation internationale structurée, ambitieuse et équitable. N’oublions pas les forêts tropicales, entreprises, fonds de dotation et citoyen·nes pouvez également vous engager à nos côtés en soutenant nos projets à l’international.

Autochtones et COP30, une colère sourde

Peuples autochtones : mobilisation, frustrations et obstacles d’accès à la décision

Dès le deuxième jour de la COP30, des manifestations autochtones ont éclaté autour du site, dénonçant un manque d’écoute et de représentation réelle.
De nombreuses délégations n’ont pas pu entrer dans la Zone bleue, l’espace officiel des négociations. Les accès limités ont renforcé le sentiment d’invisibilisation.

Quelques avancées figurent dans les décisions : un soutien accru aux jeunes autochtones, un atelier en 2026 pour mieux intégrer les communautés locales au sein du LCIPP (Local Communities and Indigenous Peoples Platform).

Mais, sur place, le ressenti était sans appel : ces mesures ne répondent pas aux attentes.

Le point de vue de Cœur de Forêt :

Notre réaction autour des décisions sur les peuples autochtones COP30

Les peuples autochtones ont clairement exprimé leur mécontentement. Ils rappellent qu’ils protègent 80 % de la biodiversité mondiale, mais restent encore trop souvent en dehors des salles où se décident les politiques climatiques.

Dans nos propres projets, l’implication des communautés locales est une condition sine qua none de nos réussites. Que ce soit en Bolivie, en Indonésie ou à Madagascar, nos équipes de locaux accompagnent les populations dans la recherche, la prise de décision, et le développement de pratiques agricoles durables. Mais également, à restaurer un lien culturel fort avec la nature. Comme en Indonésie, où nous construisons un pont intergénérationnel en faisant intervenir des anciens dans les écoles. A chaque atelier, les enfants découvrent les plantes médicinales qui poussent en forêt, utilisées par leurs ancêtres.

Nous croyons profondément que les solutions viennent des territoires, et non de décisions déconnectées du terrain.

Energies fossiles, grandes absentes de la COP30 ?

Les énergies fossiles : le grand absent de la COP30 ?

Enfin, malgré les demandes d’une large coalition de pays, aucune feuille de route mondiale pour la réduction des énergies fossiles n’a été adoptée dans les textes formels. Un immense retour en arrière, suite à la dernière COP ayant eu lieu à Dubaï.

Le point de vue de Coeur de Forêt :

C’est un manque majeur. Nous ne cesserons de le dire : on ne peut pas compter sur les forêts et les océans pour compenser des émissions que l’on continue d’augmenter. Nous tenons à rappeler un principe fondamental : avant de compenser, il est primordial de réduire ses émissions.
Sans une trajectoire claire de sortie des énergies fossiles, les efforts de restauration, d’adaptation et de protection des forêts resteront insuffisants.

Adaptation climatique, quels progrès promis par la COP30 ?

Adaptation : une avancée institutionnelle, mais encore très timide

La COP30 a réduit de 100 à 59 le nombre d’indicateurs proposés pour évaluer les progrès du Global Goal on Adaptation (GGA)*. Parmi eux, seulement 6 portent directement sur les écosystèmes et la biodiversité.

Ces 6 indicateurs adoptés concernent : la fourniture de services écosystémiques aux populations qui en dépendent, les zones écosystémiques où des actions d’adaptation sont mises en œuvre, les niveaux de résilience des écosystèmes, le statut de menace pesant sur les écosystèmes et les espèces, et la capacité d’adaptation résultant de la mise en œuvre de l’adaptation fondée sur les écosystèmes et des solutions fondées sur la nature. 

La liste qui en résulte est nettement moins rigoureuse sur le plan technique, soulève de nombreuses questions quant à sa mesurabilité et son utilité, et n’est plus équilibrée entre les domaines thématiques.

Le point de vue de Cœur de Forêt :

COP30 et adaptation, la réaction de Cœur de Forêt

Nous saluons l’adoption des indicateurs qui constitue une étape importante pour faciliter les actions d’adaptation. Même imparfaits, ils soulignent le rôle essentiel des écosystèmes dans les sociétés humaines (stabilisent les sols, régulent l’eau, stockent du carbone, fournissent des moyens de subsistance, …) et les enjeux à agir pour augmenter la résilience de ces écosystèmes.

L’approche des Solutions Fondées sur la Nature est mise en avant et apporte une réponse intéressante à l’évaluation de projets de préservation des écosystèmes tout en répondant à un défi humain. A travers nos projets, nous menons des actions de régénération de forêts ou d’agroécologie avec les populations locales.

*L’objectif mondial en matière d’adaptation (GGA) est l’une des principales composantes de l’Accord de Paris. Il vise à réduire la vulnérabilité des pays au changement climatique et à améliorer leur capacité à s’adapter à ses effets. Le cadre du GGA comporte 7 objectifs thématiques sur lesquels les pays ont convenu de concentrer leurs efforts d’adaptation : l’eau et l’assainissement, l’alimentation, la santé, les écosystèmes et la biodiversité, les établissements humains, l’éradication de la pauvreté et les moyens de subsistance, ainsi que le patrimoine culturel. La COP30 de Belém avait pour objectif d’officiellement adopter le cadre du GGA et les indicateurs permettant de suivre les progrès accomplis dans la réalisation de chacun de ces objectifs.

Climat, les promesses sans chiffres de la COP30

Financement climatique : un engagement sans chiffres, à l’heure où les besoins explosent

Le texte final appelle à tripler les financements pour l’adaptation d’ici 2035.


 L’absence de chiffres précis et l’horizon repoussé à 2035 laissent les pays les plus vulnérables sans perspective concrète pour faire face à l’intensification des impacts climatiques.

Pourtant, selon l’Adaptation Gap Report 2025, les pays du Sud auront besoin de 310 à 365  milliards de dollars par an d’ici 2035 pour faire face aux impacts climatiques.

Le point de vue de Cœur de Forêt :

Triper les fonds pour le climat, une promesse de la COP30

Tripler les fonds pour l’adaptation est une ambition nécessaire ! Mais sans calendrier, sans source clairement définie et sans mécanisme de redistribution, ces financements risquent de rester une promesse.

Cette déception alimente la méfiance entre pays industrialisés et pays vulnérables. Les pays développés souhaitent élargir la base des contributeurs pour inclure la Chine, l’Inde, la Corée du Sud et les pays du Golfe – une demande systématiquement rejetée. En attendant, plusieurs pays développés dont l’Union européenne ont cherché à atténuer la portée de leurs responsabilités historiques et à transférer la charge financière vers les pays du Sud. L’’aide au développement reste majoritairement constituée de prêts et non de dons, rajoutant ainsi une charge supplémentaire aux pays vulnérables.


Nous restons vigilants à ce que ces financements (s’ils existent) soient additionnels, accessibles et pérennes, et parviennent directement à celles et ceux qui protègent les écosystèmes.

La conclusion de Coeur de Forêt sur la COP30

Conclusion : une COP en surface novatrice, insuffisante face à l’urgence

La COP30 fournit des outils (indicateurs, fonds forestier, avancées pour les peuples autochtones) mais reste en retrait par rapport aux besoins réels de la planète et des populations qui vivent dans les forêts.

Cœur de Forêt appelle à :

  • renforcer la place des écosystèmes dans les politiques d’adaptation,
  • rendre effectif les financements promis,
  • donner un véritable pouvoir décisionnel aux peuples autochtones,
  • intégrer enfin la lutte contre la déforestation dans le cœur des négociations,
  • et engager une sortie planifiée des combustibles fossiles.

 

Nous devons agir maintenant, pour les forêts, et pour toute la vie qui en dépend. Rejoignez Coeur de Forêt, découvrez notre vision et nos actions concrètes sur le terrain.

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