Dans la hêtraie des Montolio, une filière bois locale et durable se construit. Elle allie tradition forestière, innovation sylvicole et économie de territoire. Porté par Cœur de Forêt et des acteurs de terrain : conseiller, technicien, bûcheron, exploitant et scierie locale. Ce projet montre comment gérer une forêt en sylviculture à couvert continu.
Mathieu Lohézic, technicien forestier de Cœur de Forêt, a accompagné ces propriétaires dans la gestion durable de leur forêt. La forêt, majoritairement composée de hêtres, est située à 850 mètres d’altitude en Aveyron. Les propriétaires souhaitaient un avis éclairé et des conseils concrets pour préparer l’avenir. Elle servira de forêt vitrine pour les forêts alentours.
Après une analyse complète, notre équipe marque les arbres selon la sylviculture à couvert continu. On ne coupe pas à blanc, mais on sélectionne individuellement les arbres matures. L’équilibre de la canopée est préservé, laissant place à la régénération naturelle et à la diversité d’âges.
Cette opération dans la hêtraie des Montolio repose sur un engagement collectif des acteurs de la filière. Les propriétaires ont accepté de vendre leur bois à prix réduit, pour une démarche expérimentale vertueuse. Ils conservent ainsi une part importante de leur capital forestier sur pied.
De notre côté, nos appuis techniques et financiers ont permis de sécuriser cette opération qui demandait plus de technicité qu’une exploitation classique. Nous intervenons notamment pour montrer que ce type d’intervention est possible. Car il faut les acteurs travaillent ensemble Notre action a permis de fluidifier le travail des entreprises impliquées sur : le marquage précis, l’éhoupage soigné, l’abattage contrôlé pour éviter d’endommager les autres arbres, et le débardage avec le minimum d’impact sur les sols forestiers.
Notre rôle est double : rassurer les propriétaires forestiers sur la faisabilité d’une gestion douce, et créer les conditions techniques et économiques pour que cette gestion soit possible.
On peut voir ce projet comme un site vitrine, une démonstration que la sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC) peut fonctionner, une impulsion pour que les acteurs coopèrent et que les bons leviers soient activés.
Stéphane Serieye conseille tous les propriétaires forestiers privés. Il nous partage son expérience, sur ce type de travaux qu’il a déjà mis en place chez d’autres propriétaires. Son aide est précieuse parce qu’il a une très bonne connaissance du territoire (milieu forestier, acteur de la filière…)
Maxime Pouget est exploitant forestier. C’est lui qui a négocié et acheté les bois aux propriétaires. Il a donc la gestion du chantier et des travaux en plus du volet économique : « On a acheté les bois sur pied, on les a ensuite vendus à une scierie soucieuse de la provenance des bois et d’une sylviculture durable en amont ». L’implication de Maxime permet une fluidité dans le circuit économique du bois et garantit une valorisation locale. Il note aussi que travailler sur des coupes irrégulières est plus complexe, mais plus durable
Jonathan Cantet est intervenu en forêt pour réaliser l’abattage et le débardage des arbres marqués. Il explique : « Je réalise tous les travaux d’abattage et de débardage, mais aussi les travaux sylvicoles, de la plantation jusqu’à la première éclaircie. ». Il travaille en collaboration avec le CNPF (Centre National de la Propriété Forestière) et l’exploitant Maxime Pouget. Ce chantier a présenté des particularités intéressantes : il s’agissait d’une coupe d’irrégularisation dans une hêtraie, un chantier souvent peu rentable à première vue, mais qui prend tout son sens grâce au soutien de l’association. « Ce genre de coupe est très intéressant techniquement, mais généralement peu adapté à l’économie. Cœur de Forêt permet de sécuriser le modèle économique, de pouvoir les réaliser sans perdre d’argent. »
Jonathan souligne aussi les préjugés autour du métier de bûcheron, souvent perçu comme destructeur : « On nous voit comme ceux qui coupent, mais on est aussi ceux qui accompagnent la forêt, on l’éclaircit, on la soigne. »
Les grumes extraites ont été vendues à la scierie Pomarède, une entreprise implantée localement, qui a transformé du hêtre pour la toute première fois ! Il diversifie les essences vendues qui serviront à divers usages, notamment pour la menuiserie, pour créer des escaliers ou des meubles. Cette proximité permet de limiter les transports, de soutenir l’économie circulaire, et de renforcer le lien entre forêt et territoire.
La sylviculture à couvert continu, pratiquée ici, consiste à ne jamais raser la forêt, mais à maintenir en permanence un couvert forestier, composé d’arbres de différents âges. Cela implique :
Mais ce modèle a un bénéfice majeur : il préserve les sols, les paysages, et permet aux forêts la longévité. D’un point de vue économique, le soutien associatif est crucial : « Grâce à Cœur de Forêt, on équilibre les coûts. Le bois est valorisé, et on peut payer les ouvriers correctement. ». Un chiffre marquant est cité : le bois a été vendu 40 €/m³ sur pied, un tarif cohérent pour du hêtre de qualité, extrait de façon respectueuse.
Ce projet dans la hêtraie des Montolio démontre qu’une filière bois durable et locale est possible. Il prouve aussi que l’humain reste au cœur du modèle : des propriétaires à l’écoute, un technicien engagé, un bûcheron fier de son métier, un exploitant ancré dans le territoire, une scierie responsable.
Et surtout, il montre qu’il est possible de faire autrement :
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