Depuis 2017, l’association Coeur de Forêt intervient dans le Sud-Ouest de la France pour accompagner les propriétaires de forêts privées dans la gestion et la préservation de leurs bois. Et la porte d’entrée de cet accompagnement est la même pour tous les propriétaires forestiers, il s’agit du « diagnostic forestier ».
Nos équipes vont le réaliser sur une journée dans la forêt des propriétaires que nous accompagnons, en étudiant les peuplements d’arbres présents, faisant des carottages de sol, ainsi qu’une étude de la biodiversité. Les résultats compilés, prennent ensuite la forme d’un classeur d’une trentaine de pages, rédigées par nos équipes.
Mais alors, quels sont les chapitres qui prennent voix dans le diagnostic forestier que nous remettons aux propriétaires que nous accompagnons dans le Sud-Ouest ?
En introduction, notre diagnostic est l’occasion d’explorer l’histoire de la propriété au travers des cartes anciennes (XIXème siècle), des photos aériennes historiques (milieu XXème) et des images satellites récentes. Nous y référençons quelques éléments paysagers intéressants et évaluons l’indice de biodiversité potentielle (IBP), ainsi qu’un focus sur les risques d’incendies et les obligations de débroussaillement.
Le diagnostic permet ensuite de s’immerger dans la complexité d’un écosystème forestier. Les notions de stations sont abordées avec la présentation de quelques écogrammes, des plantes indicatrices rencontrées, un lien est fait avec les sols présents et les conditions météorologiques du secteur. Le contexte pédoclimatique est posé et l’adaptation de la flore en place est évaluée. Toutes ces mesures traduites au travers de diagramme, permettent d’évaluer l’état de la flore en place et si elle est bien adaptée à ce milieu, afin de guider des choix de gestion forestière cohérents et résilients face au changement climatique.
Par exemple, sur une parcelle étudiée, on rencontre des sols sableux acides et peu profonds, et un climat local sec en été. L’écogramme place cette station dans la zone « acide–sec », ce qui indique un milieu pauvre et contraignant. On en déduit que des essences exigeantes comme le hêtre y seraient stressées, tandis que des essences plus tolérantes à la sécheresse et à l’acidité (par exemple le pin sylvestre ou le chêne tauzin sur certains sites) seraient mieux adaptées.
Le diagnostic se précise ensuite avec la réalisation d’une carte de la répartition spatiale des peuplements forestiers observés. Leur description donne un aperçu de quelques indicateurs à disposition du forestier pour les comprendre : la surface terrière, le diamètre et la hauteur des arbres, les répartitions par catégories de diamètres, etc… sont ainsi estimés par nos techniciens. Des indications sur la couverture des différents étages et les essences les constituants, la présence de la régénération naturelle ou encore la pression du gibier, permettront de préciser et étayer les propositions de gestion.
Mais, notre approche ne se cantonne pas simplement aux peuplements forestiers productifs ! Nous proposons une lecture de la mosaïque des écosystèmes, c’est à dire l’ensemble des milieux naturels différents (forêts, prairies, zones humides, ripisylves, …).
Ceci avec une recontextualisation de la propriété dans sa sylvoécorégion (grande zone géographique qui regroupe des forêts ayant des conditions de climat, de sol et de relief similaires), dans les zonages environnementaux, dans un contexte climatique et géologique.
Par exemple dans le Lot, certains propriétaires que nous accompagnons possèdent des prairies au cœur de leur parcelle, ou bien des mares que nos techniciens prennent en compte dans la réalisation du diagnostic.
Le diagnostic prend ensuite le parti de réaliser des préconisations de travaux sylvicoles à réaliser pour améliorer les principaux peuplements observés. Basées avant tout sur le souhait du propriétaire, ces préconisations peuvent être mise en œuvre à un horizon de temps plus ou moins court. Dans tous les cas ces orientations ont pour objectif d’amener le peuplement vers une plus grande diversité d’essences tout en maintenant un couvert continu. La « sylviculture à l’arbre » sera le guide principal de nos actions.
Par exemple, un propriétaire nous a sollicités pour une parcelle de Douglas en monoculture, aujourd’hui dépérissante, avec pour objectif de maintenir un couvert forestier continu. Ici, notre enjeu sera de conserver les Douglas les plus résistants tout en favorisant progressivement l’installation d’une régénération naturelle ou de nouvelles essences en sous-étage pour diversifier sa forêt. Une intervention légère (prélèvement maximal de 20 %, soit une ligne sur cinq) ou une sélection arbre par arbre pourra être envisagée, en privilégiant la solution la moins perturbatrice pour un peuplement déjà fragilisé.
Avec le diagnostic forestier, notre objectif est d’aider les propriétaires à mieux connaître leur forêt avant de prendre d’éventuelles décisions de gestion. Il permet notamment de faire murir son projet, de se projeter sur un temps très long (100 ans) tout en pensant à l’avenir proche, etc…
La remise du diagnostic sera le moment pour commencer à imaginer son implication dans sa forêt, jauger de son autonomie pour réaliser les travaux, son envie de se former ou son souhait de travailler avec un gestionnaire forestier, d’impliquer ses proches, …
Si le propriétaire souhaite agir, le diagnostic servira d’aide pour discuter avec un gestionnaire ou un exploitant forestier. C’est aussi la base pour la rédaction d’un document de gestion durable tel qu’un CBPS.
En conclusion, c’est une image à un temps « T » d’une forêt, qui doit être actualisée régulièrement tant pour comprendre la dynamique d’évolution en place que pour ajuster les choix sylvicoles. Le diagnostic forestier est avant tout un outil pour mieux connaître sa forêt et prendre des décisions de gestion éclairées.
Là où les diagnostics forestiers traditionnels se concentrent principalement sur le potentiel de production et d’exploitation du bois, notre approche cherche aussi à comprendre comment préserver, diversifier et améliorer les écosystèmes forestiers dans leur ensemble. Car une forêt ne se résume pas aux arbres qu’elle produit : elle abrite une biodiversité, stocke du carbone, protège les sols et l’eau et participe à la résilience de nos territoires face au changement climatique. En donnant aux propriétaires les clés pour mieux comprendre ces enjeux et agir à leur échelle, le diagnostic forestier devient ainsi un véritable outil d’intérêt général, au service de forêts plus vivantes, plus diversifiées et plus résilientes.
Découvrez plus en détail l’accompagnement que nous fournissons aux propriétaires sur notre page dédiée.