Les obstacles de l’action pour le climat et les forêts : les dragons de l’inaction

Alors que le sujet du changement climatique et de la protection des forêts n’a jamais été aussi crucial, les actions en faveur de la protection des forêts et de la lutte contre le changement climatique semblent ne pas être suffisantes.

Bien que de nombreux facteurs et paramètres à la fois économiques, politiques et sociétaux peuvent expliquer cela, il existe également des facteurs psychologiques liés à la façon de réfléchir que nous avons en tant qu’être humain.    

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Dans un article écrit en 2011 dans la revue American Psychologist, Robert Gifford répond en partie à cette question. Il identifie 7 types d’obstacles psychologiques pour mettre en place la mitigation et l’adaptation au changement climatique. Ces obstacles s’appliquent aussi à la bonne gestion des forêts. Il identifie 7 catégories de barrières psychologiques principales avec un total de 29 « dragons de l’inaction » qu’il nous faut combattre pour mieux agir contre le changement climatique et pour nos forêts.

Avant de les détailler, pourquoi parle-t-il de dragons ? Les dragons sont pour Gifford une métaphore d’un obstacle à combattre pour réaliser un objectif. Il s’agit également d’un jeu de mot avec le terme anglais « drag on » qu’on peut traduire par « faire traîner » car ces obstacles font trainer les actions pour la lutte contre le changement climatique et la protection des forêts.

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Les blocages du cerveau humain face au changement climatique

La première catégorie d’obstacle est celle de la « cognition limitée ». L’idée est que nos cerveaux ne sont pas adaptés pour penser à ce type de problème. Que ce soit le changement climatique ou la protection des forêts, ce sont des problèmes distants, aux conséquences indirectes. Là où nous sommes plus adaptés à gérer des problèmes immédiats et directs.

Le premier « dragon » est en lien direct avec cette idée. Il s’agit du « cerveau ancien », l’idée selon laquelle le cerveau humain n’a pas beaucoup évolué depuis l’époque où les problèmes étaient immédiats et dans le présent, alors que le changement climatique est un problème distant et indirect. Nous sommes capables d’agir, mais nos cerveaux ne sont pas naturellement faits pour.

Il y a ensuite « l’ignorance », qui est tout simplement le fait de ne pas être au courant du problème ou des solutions qui existent. Un problème majeur, souvent entretenu par des groupes qui ont un intérêt dans la production et l’utilisation massive des gaz à effet de serre, comme l’explique Gifford.

Un autre dragon est « l’insensibilité environnementale ». À force d’être exposé de manière répétée au problème, on s’y habitue et on y devient insensible. Si on vous dit plusieurs fois de manière répétée qu’il y a un problème, cela peut vous y habituer.

Il y a aussi « l’incertitude » car les modèles qui prédisent le changement climatique sont par définition incertains, et cela tend à faire sous-estimer le risque dans l’esprit des audiences. Ou encore la « Dépréciation temporelle », à savoir que plus on imagine un problème s’aggraver dans le temps, moins on a envie d’agir dans le présent.

Celui-ci est parfois pratique, parfois dangereux : c’est le « Biais d’optimisme » qui est la tendance à être trop optimiste, au point de sous-estimer un danger.

Et enfin le « Sentiment de contrôle comportemental », c’est la tendance à ne pas agir car on a l’impression de ne pas avoir le contrôle sur le résultat final. Le changement climatique étant un problème à trop grande échelle, un sentiment de fatalité vient s’installer.

Les idéologies et croyances qui s’opposent au passage à l’action

La deuxième catégorie concerne les idéologies, les différentes croyances qui s’oppose à la protection des forêts et de la lutte contre le changement climatique. Il y a dans cette catégorie 4 dragons.

Le premier s’appelle la « Vision du monde », il s’agit des croyances en certains systèmes économiques incompatibles avec la protection des communs, dont la forêt, qui rend l’adoption d’une politique écologique compliquée.  

Le deuxième s’appelle les « Pouvoirs suprahumains » : ce sont les croyances qu’il existe des pouvoirs au rang de déité qui agissent sur le climat et la nature, par exemple Mère nature, et que les humains n’y peuvent rien, car ces entités sont plus puissantes que nous.

Le troisième est le « Techno-salvationnisme » c’est l’idée que l’avancée technologique sera toujours capable de résoudre les problématiques humaines avant qu’elles ne deviennent irréversibles. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas explorer des options et actions en lien avec les nouvelles technologies, mais cette pensée peut servir cela d’alibi pour empêcher l’action dès aujourd’hui.

Et le dernier, c’est la « Justification du système » : La croyance dans le statut, que le système fonctionne déjà et donc qu’il ne faut pas le changer.

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Se comparer avec les autres, vouloir être dans la norme… d’autres freins à l’action climatique

Passons maintenant à la troisième catégorie, sans doute l’une des plus ancrées dans nos façons de penser : les comparaisons avec les autres personnes. Il y a trois types de dragons dans cette catégorie : la comparaison sociale, les normes sociales et le sentiment d’iniquité. Nous avons tendance à comparer nos actions et celles des autres pour en définir une norme sociale, c’est la comparaison sociale.

Les normes sociales c’est le concept qui désigne le fait que nous sommes encouragés à être dans la moyenne. Celle-ci peut avoir des effets positifs, car elle peut nous faire adopter des comportements bénéfiques pour le climat et les forêts (ex : ne pas jeter ses déchets en forêt ou réduire sa consommation de viande…) mais l’inverse est aussi vrai.

Enfin, le sentiment d’iniquité décrit le fait de ne pas agir car les autres ne le font pas, un argument qu’on retrouve au niveau des pays également (« pourquoi notre pays devrait bien faire si le pays X ne le fait pas ? »). Il est lié au fameux dilemme du prisonnier.

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Pour la quatrième catégorie des dragons de l’inaction, nous allons voir les « Coûts irrécupérables », soit la tendance à investir du temps, de l’argent et des comportements sur le long terme. Cela peut donc être l’investissement financier. Une fois qu’un achat a été réalisé, on souhaite en général en retirer le maximum, on ne se met pas au vélo quand on vient d’acheter une voiture par exemple.

On trouve aussi le Momentum comportemental : une fois un comportement adopté, les changements à grande échelle sont lents et prennent parfois des décennies. Il y a des conflits de valeurs et d’objectifs. Même si on est conscient des problématiques liées au changement climatique et aux forêts, on peut viser d’autres objectifs personnels incompatibles (ex : le fait de vouloir une plus grosse voiture ou de construire sur un terrain et raser une forêt pour le faire…).

Enfin, l’absence d’attachement à un lieu : sans attache à un lieu, il y a moins de chance de vouloir en prendre soin. Si une personne n’a pas d’attache aux forêts, il y a moins de chance qu’elle ait des comportements pro-environnementaux. Mais le contraire est aussi vrai, une personne qui a l’habitude de passer du temps en nature à tendance à avoir des comportements positifs pour l’environnement.

La défiance et le manque de confiance le frein psychologique le plus médiatisé

La cinquième catégorie de dragons est celle dont on parle beaucoup et qui est assez présente dans les médias. La défiance : le manque de confiance dans l’autre. Elle se traduit en plusieurs types :

D’abord la méfiance, dans les scientifiques et les gouvernements qui tend à diminuer les comportements bénéfiques à l’écologie. C’est l’obstacle principal des climatosceptiques qui n’ont pas confiance dans l’autorité.

Il y a également le déni dans le changement climatique, dans le rôle de l’humain ou encore que nos forêts soient importantes pour le climat et la biodiversité. Pendant l’épisode intense des feux de l’été 2026, cet obstacle a pris la forme de l’argument suivant : « les feux sont la faute des pyromanes et non pas du changement climatique ». Il s’agit d’une méconnaissance et donc d’un déni des effets du changement climatique.

Il y a aussi la Réactance : Beaucoup de personnes tendent à fortement réagir contre une politique qui semble menacer leurs libertés, ce qui est souvent exploité par l’industrie pétrolière. Il suffit aux réfractaires de faire croire que l’adoption de politiques de lutte contre le changement climatique sera avant tout une suppression des libertés. C’est entre autres la fameuse menace de « l’écologie punitive ».

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Enfin, les risques perçus dans l’adoption de comportements plus écologiques

Le changement implique forcément des risques. Et la quatrième catégorie se concentre sur ces différents risques perçus.

D’abord les risques fonctionnels : c’est quand on se pose la question « Est-ce que cela marchera ? ». On ne peut garantir qu’un changement sera efficace, ce qui peut limiter le passage à l’action.

Il y a les risques physiques : ceux où la sécurité peut être mise en danger. Si l’on prend le vélo plutôt que la voiture, on peut avoir l’impression d’être plus exposé au risque physique par exemple.

Les risques financiers : Si l’on investit dans des panneaux solaires, quelles seront les garanties qu’on aura fait un bon investissement ? Dans le cas précis des forêts, une gestion moins intensive où l’on ne récolte que quelques arbres plutôt que de tout raser impliquera un pari financier à long terme.

Il y a aussi les risques sociaux : La réputation ou l’égo d’une personne peut être mise en jeu lorsqu’elle change de comportement. Ne plus manger de viande par exemple ou en tout cas diminuer sa consommation dans un milieu social qui en consomme beaucoup peut susciter des moqueries.

Puis également les risques psychologiques : très proche du risque précédent, c’est le risque sur la confiance en soi. Si on est par exemple moqué pour avoir un comportement positif pro-environnemental.

Et finalement, les risques temporels : On risque de perdre du temps à comparer les solutions ou effectuer des recherches, si au final les changements adoptés n’ont pas eu l’effet attendu.

La limite qui nous concerne toutes et tous : comment faire plus ?

Enfin, la dernière catégorie des dragons de l’inaction, les comportements limitants : Tout le monde a des comportements positifs pour l’environnement, de manière consciente ou non. Mais tout le monde ou presque pourrait faire plus, en dépassant deux principales limites :

En premier le Tokenisme : Le fait que nos actions ne soient pas forcément les plus efficaces pour lutter contre le changement climatique. La volonté n’est pas forcément corrélée à l’impact. Vous avez peut-être déjà changé des choses dans vos actions afin d’avoir un comportement plus bénéfique pour le climat, mais ce n’est pas forcément les actions qui ont le plus d’effets sur votre empreinte carbone (ex : trier ses déchets VS adopter une consommation zéro-déchet).

Et le deuxième, l’Effet rebond : Dans certains cas, les efforts faits sont compensés par d’autres qui annulent l’effet. Par exemple éviter l’avion pendant un temps et le prendre ensuite plusieurs fois car l’effort a déjà été fait.

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Agir à nos côtés pour préserver les forêts

Il existe d’autres types d’obstacles à prendre en compte, notamment politiques, diplomatiques, économiques ou encore scientifiques. Mais penser aux obstacles psychologiques est un premier pas pour remettre en question notre propre façon de penser.

Car connaître ces dragons nous aide à mieux les combattre !

Chez Cœur de Forêt, nous nous efforçons de prendre en compte ces paramètres pour construire nos communications et améliorer notre capacité à convaincre d’agir pour la forêt !

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