Qui aurait pu prédire ? 3 raisons pour lesquelles les incendies sont prévisibles... et politiques

Les incendies sont une catastrophe aussi bien humainement que pour la nature. En date du 28 juillet 2026 et seulement pour la Gironde, c’est 250.000 personnes évacués, 240 maisons détruites 2 pompiers décédés et 32.000 hectares partis en fumée, et ces chiffres vont sûrement augmenter durant l’été. Ces feux sont un douloureux rappel des problèmes que la forêt rencontre et des nombreux mauvais choix qui ont été fait depuis des années. Si dans beaucoup de cas, le départ du feu est d’origine humaine, leurs gravités et conséquences sont le résultat d’une série de choix…  

Pour mieux comprendre ces enjeux, nous vous donnons 3 raisons pour lesquels ces feux étaient prévisibles.  

1 Choisir une gestion forestière adaptée

En France, 46% des forêts sont des peuplements monospécifiques, c’est à dire des “forêts” composé d’une seule essence d’arbre. Or, ces forêts sont moins capables de survivre sur le long-terme et sont plus menacées par les maladies, les attaques d’insectes et les incendies. Parfois ces forêts sont naturelles comme les hêtraies, et parfois elles sont le résultat d’une action humaine. Dans les Landes, la forêt est connue pour être une « forêt artificielle », c’est-à-dire une forêt nouvelle en monoculture de pins. Ces arbres résineux sont hautement inflammables. Ils ont généralement été plantés à la même période, en rang, facilitant les couloirs de vents et multipliant la vitesse de propagation des incendies.  

qui aurait pu prédire

Les Landes, l’héritage d’un choix politique et industriel 

La forêt des Landes date du 19e siècle. C’est Napoléon III qui décide de modifier cette région, à l’époque marécageuse, en un projet industriel de production de bois. Si les risques d’incendies aussi intenses n’étaient pas récurrents à l’époque, cela fait des décennies que nous savons qu’ils vont l’advenir. Aujourd’hui, dans un contexte où le changement climatique menace de plus en plus les forêts, ce type de projet, avec une approche court-termiste voulant maximiser la rentabilité, met en danger direct des milliers de personnes. Comme le résume Christophe Plomion de l’INRAE, “certes le réchauffement climatique est responsable des incendies […] mais la structure industrielle de la forêt y est pour beaucoup. Surtout que des solutions existent pour gérer la forêt autrement. 

2 Prévenir plutôt que guérir les incendies

On constate aujourd’hui pleinement que le dérèglement climatique aggrave l’intensité des feux de forêts. Malheureusement, cela fait plus de 50 ans que la communauté scientifique alerte sur les conséquences du dérèglement climatique sans que les politiques publiques ne soient à la hauteur des enjeux.  

Les forêts du monde entier se sont développées dans des conditions aujourd’hui révolues. La planète se réchauffe à un point et à une vitesse sans précédent depuis au moins 800.000 ans. Face à cette accélération, les écosystèmes risquent de ne pas avoir le temps de s’adapter.  

graphique

Des forêts plus fragiles, des incendies qui libèrent du carbone

Les conséquences sont visibles : sécheresses plus fréquentes, vagues de chaleurs plus intenses, grêles accentuées en été ou encore dépérissement des arbres.  En France, la mortalité des arbres a doublé en dix ans, et cela est en très grande partie dû au dérèglement climatique.   

Lutter contre le dérèglement climatique, c’est lutter pour la protection des forêts. Car ces forêts affaiblies et vulnérables sont sujettes aux incendies. Elles captent moins de carbone, tandis que les feux, eux, libèrent dans l’atmosphère des tonnes de CO2. Ce graphique du GIEC montre les conséquences du réchauffement climatique sur les écosystèmes terrestres et aquatique, plus la température moyenne augmente, plus le niveau de risque est élevé. 

Malheureusement aujourd’hui, aussi bien à l’échelle mondiale que française, les efforts ne sont pas suffisants, comme le rappelle le dernier rapport du Haut conseil pour le climat. 

la propagation des incendies
le coût de l'inaction climatique

L’inaction coûte plus cher que l’action

Les décideurs ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Dès 2006, l’économiste Nicholas Stern expliquait déjà que le coût de l’inaction climatique serait 5 à 20 fois plus grand que le coût de l’action. Oui, adapter nos modes de vie, nos territoires est difficile et demande des moyens importants. Mais c’est peu comparé aux coûts des catastrophes que nous subissons et continuerons de subir : incendies, sécheresses, inondations, … avec des conséquences catastrophiques sur les productions agricoles et notre économie. 

À l’échelle des forêts, la logique est similaire. Pour le propriétaire, la méthode de gestion que nous défendons est généralement moins rentable à court terme que le schéma “plantations en monoculture + coupe rase” destiné à la production de bois. Elle nécessite davantage d’accompagnement, d’investissements et se structure à l’échelle du territoire pour diversifier les paysages. Sur le long terme, c’est elle qui a plus de probabilité de résister mieux aux sécheresses, aux maladies, aux ravageurs et aux incendies.  

3 Comment agir à l’échelle du territoire ?

Nous vivons aujourd’hui, avec un réchauffement à “seulement” à +1,3°C. Pourtant entre la canicule et les feux de forêts notre capacité à s’adapter est déjà limitée. Or si les émissions de gaz à effet de serre ne diminuent pas, nous pourrions atteindre + 4 à 5°C de réchauffement moyen d’ici la fin du siècle.  

Nous savons aussi que chaque centième de degré évité est important. Ce n’est jamais fini, même si on atteint 1,5°C de réchauffement, alors il faut continuer d’agir. La différence entre un réchauffement de 1,5°C et 2°C est déjà considérable. Ce graphique du GIEC montre à quel point 0,5°C de réchauffement supplémentaire causerait des vagues de chaleur jours et nuits considérables.  

Comme on peut le voir sur ce graphique, avec 1,5°C degré de réchauffement climatique, la France connaitra des variations sur les journées les plus chaudes de 2 à 3°C et des variations des nuits les plus froides de de 2 à 4°C. Alors qu’avec 2°C de réchauffement, la France connaitra des variations sur les journées les plus chaudes de 3 à 4°C et les variations des nuits les plus froides de 3 à 6°C. Il faut donc continuer d’agir pour ne pas aggraver le problème et ce, même si les conséquences sont déjà graves.     

Des moyens qui peinent à suivre l’évolution des risques

L’augmentation des risques incendies n’est plus une surprise. Pourtant nos capacités d’adaptations progressent moins vite que les flammes. Il y a un manque de préparation et de moyens face à des événements prévisibles depuis longtemps. 

De nombreux acteurs n’ont pas assez de moyens pour lutter efficacement contre ce type d’incendie. 

Les Obligations Légales de Débroussaillement (OLD) restent insuffisamment appliquées. Par les manques de contrôle et d’accompagnement, de nombreuses parcelles restent non conformes. Leur application soulève beaucoup de questions sur la préservation de la biodiversité et demande un accompagnement sur le terrain. 

La Défense des Forêts Contre les incendies (DFCI), est un programme de plus en plus répendu sur le territoire français. S’il permet notamment la mise en place de points d’eau, de pistes d’accès et d’enquêtes sur les causes de feux, il n’est malheureusement pas assez financé avec un déploiement inégal selon les régions.  

Mieux coordonner les acteurs

Cette lutte ne dépend pas d’un seul acteur territorial. Elle mobilise les propriétaires forestiers, les communes, les départements, les agriculteurs, les gestionnaires forestiers, les pompiers, …  

Les images des agriculteurs mobilisant leurs citernes pour accompagner le travail des pompiers sont touchantes à voir. Pourtant cette mobilisation spontanée ne devrait pas l’être. Cela témoigne d’un système qui n’a pas compris ses limites. Les agriculteurs, par leur intégration dans les territoires et leurs moyens, sont tout à fait légitimes pour s’intégrer dans les actions de prévention et lutte contre le feu. Une meilleure coordination des acteurs en amont doit permettre de gagner en réactivité. 

Ces acteurs doivent travailler ensemble. Le manque de coordination, les responsabilités divisées et le manque de financement ralentissent de nombreuses mesures préventives déjà existantes.  

Des solutions existent déjà

Aujourd’hui encore, la réalité nous montre qu’il est plus que jamais temps d’agir sur l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. La forêt est au carrefour de ces deux politiques et méritent qu’on lui apporte plus de considération et de moyens. 

Nous savons réduire les émissions de gaz à effet de serre, restaurer des forêts plus résilientes et mieux aménager nos territoires. Les rapports du GIEC en sont la preuve concrète en ayant listé une dizaine de pistes possibles.  

Chez Coeur de Forêt, nous accompagnons depuis presque 10 ans les propriétaires forestiers français vers des forêts plus diversifiées, plus résilientes et mieux adaptées aux défis climatiques.  

Nous prônons une gestion irrégulière et diversifié des essences d’arbres via la sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC).  Cela n’empêche pas les incendies, mais réduit grandement leur vitesse et leur intensité. Des arbres de différentes espèces (feuillus et résineux) et de différentes hauteurs veut dire des feux plus lents et donc mieux maitrisables. 

En conclusion, il est difficile pour nous de ne pas sentir une certaine frustration. Depuis des décennies scientifiques, forestiers, pompiers et associations alertent sur l’évolution du risque d’incendie et proposent des solutions concrètes. Les réponses quant à elles restent encore insuffisantes. 

Les solutions existent. Pour découvrir notre vision forestière, nous vous invitons à consulter notre manifeste “Forêts vivantes, Territoires résilients”.  

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