• appuieco

La brève trimestrielle : Les actualités du projet en Bolivie

Dernière mise à jour : 13 oct.

Des formations jusqu'aux premières récoltes de mélipones : que s'est-il passé ce dernier trimestre sur le projet Corazon Del Bosque ?


Chaque trimestre, nous vous emmenons sur un projet Cœur de Forêt pour vous immerger dans la réalité des projets de restauration et de préservation que nous menons à travers le monde ou en France.

En ce mois d’octobre, nous vous proposons de parcourir ensemble les temps forts du second trimestre 2022 sur notre projet en Bolivie et plus exactement dans la région de Coroico, les Yungas, à la croisée des hautes altitudes et de l’Amazonie bolivienne où nous intervenons depuis 2012.


Agro-écologie : une formation Ecotop


Comme dans de nombreuses régions du monde, la déforestation est intimement liée à l’agriculture paysanne, à la production alimentaire et aux revenus des familles. Nous sommes donc fortement mobilisés sur l’appui agronomique des producteurs de la région.


Ce trimestre notre équipe du pôle agronomie a eu l’opportunité de suivre une formation en agro-écologie avec l’organisme ECOTOP à Alto Beni, sur l’application d’un modèle forestier à des parcelles agricoles. Grâce à elle, notre responsable de pôle, Junior Condori Luna, a pu repartir avec de nombreuses idées à mettre en œuvre pour adapter ces apprentissages sur les parcelles des producteurs de coca partenaires du projet à Coroico. Un challenge reste à relever : l’adaptation de ces apprentissages au climat plus frais de Coroico par rapport à celui qu’on retrouve à Alto Beni et développer ainsi plus largement l’agroforesterie dans notre zone d’intervention.


A termes, nous souhaitons proposer aux producteurs un système d’abattis sans l’usage du brûlis. C’est-à-dire de couper les arbres sans avoir besoin de brûler pour défricher. L’autre avantage d’un défrichage sans feu est de nourrir le sol beaucoup plus durablement, en apportant de la matière organique via la décomposition par les animaux saprophages. Nous imiterons la technique du paillage pour protéger les sols nus.


Focus sur les étapes d’un abattis sans brûlis :

Débroussaillage de la strate basse

  1. Identifier les grands arbres forestiers : ils sont essentiels à l’écosystème forestier car ce sont eux qui forment la canopée et assurent le renouvellement des plus jeunes arbres avec leurs semences. Il faut à tout prix les préserver !

  2. Débroussailler la strate basse, ce qui est proche du sol : les graminées, les petits buissons et les fougères.

  3. Attendre entre 2 à 3 semaines : les feuillages débroussaillés vont se dégrader et nourrir le sol.

  4. En parallèle, planter des graines pour des cultures à cycle court : bananes, maïs, pois ou ananas. Ces plantes à croissance rapide permettent aux producteurs de récolter rapidement des produits valorisables ou consommables pour compenser la main d’œuvre qu’ils ont dû embaucher pour le débroussaillage.

  5. Pour stimuler encore plus la vie du sol, couper quelques plus gros arbres de manière très ponctuelle et les laisser se décomposer sur place.

  6. Planter des cultures à cycle plus long comme le café ou le cacao. Ils ont une forte valeur économique sur le marché et génèreront des revenus intéressants pour les producteurs.

L’abattis sans brûlis permet de récolter ainsi à court, moyen et long terme différentes productions agricoles tout en limitant au maximum la dégradation des sols. Un juste milieu entre le besoin d'ensoleillement des cultures pour une bonne croissance et la préservation d’un couvert et d’une ambiance forestière.

Écosystème agro-forestier

Quelle différence avec la technique du Bois Raméal Fragmenté (BRF) ?


La technique du BRF, c’est l’utilisation de petits morceaux de bois en paillage directement étalés sur le sol pour l’enrichir au fil de la décomposition du bois. C’est une façon très efficace de “guérir” les sols dégradés. En nourrissant fortement les sols en carbone, cela va rapidement augmenter la vie du sol, les champignons, les microorganismes, etc. Mais, en Bolivie, les sols sont déjà en bonne santé, ils contiennent assez de matière organique. L'enjeu pour Corazon del Bosque est alors de montrer et de diffuser des techniques pour maintenir cette fertilité plutôt que de vouloir la restaurer. C'est pour cela que nous orientons les démonstrations de notre parcelle témoin vers l’abatis sans brûlis.


Reforestation : une équipe de choc !

Savane brûlée à Mururata

Notre mission sur le volet reforestation est de restaurer les écosystèmes forestiers de la région, un des principaux hotspots de biodiversité au niveau mondial. Cette année, nous avons intégré 14 espèces différentes à nos modèles de plantation pour un total de 31 506 arbres plantés à la fin de la saison 2021/2022 au printemps.


Le feu, c’est le risque majeur pour de jeunes plantations en Bolivie. La culture sur brûlis est encore largement utilisée par les agriculteurs boliviens, qui défrichent de vastes étendues par les flammes. Cet été n’a pas dérogé aux habitudes, nous avons eu chaud dans les Yungas ! Près de Mururata où nous avons planté en grande partie sur la dernière saison, deux feux successifs ont touché la zone, mais n’ont heureusement pas impacté nos parcelles.


Les Huachos : des buttes de terre pour préserver les sols ?


Quand nous atterrissons en Bolivie, mieux vaut ne pas avoir le mal des montagnes. En Bolivie, connue pour ses immenses massifs montagneux, la plupart des cultures agricoles se font sur des pentes importantes. Les Huachos, en espagnol, ou wachos en français, sont une technique de culture utilisée pour faire face à ce contexte exigeant pour les cultures. Ce sont de fines buttes de terre aménagées perpendiculairement à la pente, qui canalisent l’eau et retiennent les éléments nutritifs du sol, permettant ainsi de limiter l’érosion et de maintenir la fertilité du sol. En France, nous n’avons pas vraiment d’exemples similaires de cette culture en terrasse, car nous disposons de suffisamment de terrains de plaine pour cultiver sans avoir recours à cette technique.


Dans le village de Chacopata, rattaché à la commune de Coroico, nous développons des parcelles vitrines qui mettent en pratique les wachos.

Wachos sur la parcelle vitrine de notre projet Corazon Del Bosque

Focus sur les 4 types de wachos :


- Tacana : à base de pierre, sa construction coûte extrêmement cher c’est pourquoi il est rare de le voir dans le paysage bolivien malgré sa résistance intergénérationnelle.

- Cavado : mis en place dans notre parcelle vitrine, il demande importante structuration du sol en amont mais permet un meilleur enracinement des cultures plantées, ces terrasses de terre tiennent en moyenne une vingtaine d’année.

- Paleteado : le favori de la population bolivienne car c’est le plus simple à construire mais sa durée de vie ne dépasse pas 5 ans.

- Sangeado : faible tassement sans l’utilisation de pierre sa durée de vie est courte.


Entre ces types de wachos : Cavado, Sangeado et Paleteado, c’est principalement le tassement du sol qui va varier, et ainsi influencer sur la durée de vie des wachos, mais aussi sur leur capacité à limiter l’érosion du sol. Après plusieurs années, les wachos se dégradent jusqu’à totalement disparaître, laissant un sol lisse où il sera impossible de recréer ces buttes de terre.

Première récolte pour les mélipones

Envasement du miel de mélipone

Depuis le début de l’année 2022, nous avons distribué 56 ruches mélipones et 132 ruches classiques aux 36 nouveaux apiculteurs bénéficiaires du projet. Cette rentrée, nous avons pu faire la première récolte de miel sur les ruches mélipones et avons récolté pas moins de 2,5 litres de miel.








Comment devenir reine ?


La naissance d’une nouvelle reine est un évènement exaltant dans la vie d’une ruche car elle est la seule à féconder les œufs. Elle est autant attendue par les abeilles que par les apiculteurs. Ce trimestre, notre responsable apiculture, Inti, a réalisé le rêve de bon nombre d’apiculteur : faire naître une reine. Ces nouvelles reines vivront entre 3 et 5 ans.




Commercialisation : Le SENASAG la quête éternelle !

⚠️ à la dose d'humour sur ce paragraphe


SENASAG : nom masculin, attestation délivrée par l’administration bolivienne autorisant une structure à exporter le fruit de ses productions de Bolivie vers l’étranger.

Il est plus connu, au sein des équipes Cœur de Forêt, sous le nom de « Catch me if you can » ou le Graal.


À la manière d’Amour Gloire et Beauté, l’obtention du SENASAG ce sont des saisons entières de rires, de pleures et de désillusions. Après 7 ans à tenter de l’obtenir, ce morceau de papier nous réserve toujours autant de (mauvaises) surprises.


Car la transparence et la réalité d’un projet de développement passe aussi par là, et car l’expérience ne s’acquiert pas sans embûches : nous tenons à partager avec vous ce petit résumé de la 7ème saison dans l’obtention du SENASAG.


Nous pensions voir le bout du tunnel, mais c’était sans compter sur un dernier rebondissement : l’administration bolivienne nous demande pour la première fois à ce que tous les salariés de la pépinière en Bolivie passent des examens médicaux complets. Jusque-là, rien d’anormal, garantir la bonne santé de nos équipes, c’est plutôt raccord avec notre vision du développement, du commerce équitable et des droits humains. Hors, l’administration nous demande cela pour prouver qu’ils ne contaminent pas les produits. S’ajoute à cela différents travaux à réaliser sur la pépinière, de la reconstruction du toit au changement de toutes les ampoules.


Rendez-vous en 2023 pour la suite ou fin des péripéties du SENASAG.


Info Exclusive : Célébration de la Pachamama


Célébration de la Pachamama par l'équipe Corazon del Bosque

Au mois d’août, toute notre équipe en Bolivie a célébré le rite de la Pachamama. La célébration de la Pachamama vient tout droit d’Argentine, elle est célébrée par plusieurs peuples d’Amérique du Sud. La Pachamama représente la déesse de la Terre et de la fertilité, en faisant des offrandes de tous genres, les hommes remercient la Terre pour ce qu’elle leur offre. Ils “nourrissent” ainsi en retour la Terre mère, épuisée d’avoir subvenu aux besoins de l’humanité. Pour souhaiter au projet Corazon Del Bosque prospérité et lui apporter bénédiction, nos équipes ont offert une assiette avec des confettis, de l’encens, du riz, du sucre et de petits éléments qui représentent l’abondance. Pour clôturer la cérémonie, l’on ajoute de l’alcool aux 4 coins de l’offrande et dans le sens des aiguilles d’une montre, pour enfin allumer un feu et ajouter des feuilles de coca, du riz et du sucre. Une fois l’offrande complètement consumée, il ne reste plus qu’à enterrer les cendres.